À bout de souffle, mais déterminé

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
   Si un filet social a bien été mis en place pour soutenir  la création et la diffusion  des œuvres, bien des artistes et  des artisans  qui ne sont  ni créateurs,  ni diffuseurs — acteurs, scénographes, éclairagistes  ou encore concepteurs sonores —  se retrouvent dans une craque et  ont besoin  d’un soutien immédiat.
Hera Bell Si un filet social a bien été mis en place pour soutenir la création et la diffusion des œuvres, bien des artistes et des artisans qui ne sont ni créateurs, ni diffuseurs — acteurs, scénographes, éclairagistes ou encore concepteurs sonores — se retrouvent dans une craque et ont besoin d’un soutien immédiat.

Ce texte fait partie du cahier spécial Théâtre

Le Conseil québécois du théâtre fait état des défis que vit présentement le milieu théâtral d’ici. Un milieu que l’on estime fragile, mais aussi foncièrement résilient.

D'un côté, on remarque une fatigue généralisée dans tous les secteurs d’emploi, note la présidente du Conseil québécois du théâtre (CQT), Anne Trudel. Malgré tout, elle souligne l’élan de solidarité de ses pairs et leur envie d’agir. « Ce confinement amène tous les gens de notre milieu à vraiment réfléchir à leur pouvoir d’action, déclare-t-elle. La relance se prépare maintenant, et on veut s’assurer que la reprise concrète de nos activités se fera dans de meilleures conditions, même meilleures que celles d’avant la COVID. »

À la suite de son assemblée générale de novembre dernier, le CQT vient de publier un communiqué faisant état de la situation. L’objectif est de brosser le portrait de ces neuf mois de pandémie, ainsi que des conséquences sur les artistes et les artisans. Parmi les préoccupations soulevées, on note la détresse causée par l’incertitude d’un mois à l’autre, surtout pour des artistes engagés dans des processus de spectacles déjà programmés.

40%
Il s’agit de la baisse d’emploi dans les théâtres québécois cette année, par rapport à une saison normale.

« Il y en a beaucoup qui sont dans cette posture intenable, qui ont de la misère à y arriver financièrement, qui sont en perte de sens au niveau de la création, et en plus qui ne peuvent pas se réorienter, car ils ont bloqué à leur horaire des projets qui devraient voir le jour si le gouvernement, en collaboration avec la Santé publique, nous permet de rouvrir », soulève Anne Trudel.

La perte des talents

Depuis le début de la pandémie, l’Association canadienne des organismes artistiques a réuni une immense quantité d’informations pour mesurer et comparer l’impact de la crise entre le secteur culturel et les autres secteurs économiques. Selon leur analyse du mois de novembre, 45 000 travailleurs du spectacle ont perdu leur emploi dans la dernière année. De ce nombre, 41 400 ne sont plus activement à la recherche d’un emploi ou ont trouvé un emploi dans une autre industrie.

Il n’y a pas une journée où on n’est pas en train de parler de quelqu’un qui s’est réorienté ou qui retourne à l’école. Cela ne veut pas dire que toutes ces personnes vont quitter le milieu de façon définitive, mais n’empêche que c’est très préoccupant.

 

Il s’agit de l’une des craintes du CQT : l’exode des travailleurs et des travailleuses culturels. « Là où la détresse est grande, c’est qu’on peine à voir comment maintenir nos expertises dans notre milieu, avoue Anne Trudel. Il n’y a pas une journée où on n’est pas en train de parler de quelqu’un qui s’est réorienté ou qui retourne à l’école. Cela ne veut pas dire que toutes ces personnes vont quitter le milieu de façon définitive, mais n’empêche que c’est très préoccupant. » Selon un sondage mené par le CQT auprès des théâtres québécois, il y a effectivement une baisse d’emploi chiffrée à 40 % par rapport à une saison normale.

Plaidoyer pour un filet social

Dans ses actions futures, l’organisation se dit vigilante quant aux consultations prébudgétaires à venir, même si les aides gouvernementales sont saluées et ont permis de maintenir des emplois dans le secteur du théâtre. Grâce entre autres à la subvention salariale, les équipes permanentes ont pu rester en poste dans les théâtres. Il y a également l’enveloppe de 50 millions de dollars en soutien à la diffusion des spectacles québécois annoncée par le gouvernement provincial en octobre dernier.

Cela se révèle toutefois insuffisant et ne couvre pas l’ensemble des réalités de l’écosystème théâtral, prévient le CQT. « Pour vraiment soutenir tous les acteurs du milieu, il faut qu’il y ait des sommes substantielles qui soient débloquées pour permettre aux créateurs de faire leur travail, d’être en salle de répétition, de faire de la recherche, de fouiller, de réfléchir », soutient Anne Trudel.

Il est temps de redéfinir la place de l’artiste dans notre société et la manière dont on décide de le soutenir

 

La présidente du CQT rappelle également qu’un certain nombred’artistes et d’artisans ne sont pas des créateurs. On cible ici par exemple les acteurs, les scénographes, les éclairagistes ou les concepteurs sonores. « Eux aussi se retrouvent dans une craque et un filet social doit être mis en place pour soutenir ces gens qui ne travaillent ni en création ni en diffusion », soutient Anne Trudel.

45 000
C’est le nombre de travailleurs du spectacle qui ont perdu leur emploi dans la dernière année. De ce nombre, 41 400 ne sont plus activement à la recherche d’un emploi ou ont trouvé un emploi dans une autre industrie.

Comme tout le milieu culturel, la présidente du CQT se réjouit de la révision en cours des lois sur le statut de l’artiste et les souhaite plus structurantes. « Il est temps de redéfinir la place de l’artiste dans notre société et la manière dont on décide de le soutenir, ajoute-t-elle. Cette précarité dans laquelle il est maintenu, on se rend compte qu’il faut que ça change. »

Face à toutes ces fermetures, on est quand même à l’œuvre pour préparer les saisons à venir, ce qui prouve la résilience du secteur, selon Mme Trudel. Toutefois, elle insiste sur le fait que le milieu requiert un soutien immédiat. « C’est maintenant que ces gens-là sont fragiles et qu’ils ont besoin d’aide. »

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que le sondage mené par le CQT avait seulement été fait auprès des théâtres montréalais, a été modifiée.