Cocktail de formes sur la scène théâtrale

Sur la scène de La Chapelle, Mathieu Arsenault reprend «La vie littéraire».
Photo: La Chapelle Sur la scène de La Chapelle, Mathieu Arsenault reprend «La vie littéraire».

Pour la plupart, ce ne sera pas la saison qu’ils avaient prévue. Mais la rentrée s’annonce malgré tout assez substantielle dans les théâtres, où l’on piaffait visiblement d’impatience de revenir en salle. Avec une programmation adaptée, qui se déclinera live dans des salles à la capacité réduite, en plein air ou en ligne. Avec un cocktail d’expériences diverses : spectacles, laboratoires, lectures, déambulatoires. Tour d’horizon.

Paroles plurielles

Le Quat’Sous se réapproprie la scène, dès la semaine prochaine, avec un happening, une prise de parole collective : Le cabaret de la Résistance, dirigé et animé par Olivier Kemeid (18 septembre). Dans ce show d’ouverture du Festival international de la littérature, une douzaine d’artistes liront des textes traitant de résistance « sous toutes ses formes ».

Au théâtre Prospero, tout l’automne sera consacré à une édition « repensée » de Territoires de paroles, son événement d’exploration dramaturgique étrangère, devenu espace de recherche pour plusieurs créateurs (Mélanie Demers, Florent Siaud…). Le public pourra assister à sept laboratoires prometteurs, en prise sur les débats sociaux actuels.

Pour composer le collage Amours propres, Claude Poissant et Louis-Karl Tremblay ont répertorié des scènes de passion dans divers répertoires classique et contemporain. La création du Théâtre Denise-Pelletier revisite l’amour à notre époque troublée (4 novembre).

Dehors, le public

L’un des trois spectacles extérieurs gratuits présentés par Espace Libre au parc Walter-Stewart en septembre, Ensemble, invite le public à revoir son expérience du confinement à travers des questions diffusées par casque d’écoute. Un autre projet interactif du collectif DuBunker derrière l’iconoclaste Le NoShow (20 septembre).

Avec Vers solitaire, Olivier Choinière a concocté l’une de ces déambulations sonores dont il a le secret. Un parcours pour spectateur solo allant du Quat’Sous au Montréal souterrain, qui aborde notre rapport à l’autre pendant la distanciation sociale (9 octobre).

Solos

Comme prévu, l’interprète seul sur scène a la cote — voir ceux déjà à l’affiche du Théâtre du Nouveau Monde (Zebrina. Une pièce à conviction) et de Duceppe (Toutes les choses parfaites). Cette dernière compagnie offre ensuite une prometteuse rencontre : une nouvelle version de King Dave, quinze ans après sa création. Réécrit par son auteur Alexandre Goyette et par le jeune acteur Anglesh Major, le puissant monologue s’en trouverait enrichi de questions identitaires (29 septembre).

À La Licorne, Marie-Ève Perron — dont le précédent Gars fut bien accueilli — sonde notre rapport à la mort dans l’autofictionnel et documentaire De ta force de vivre (6 octobre). Sur la scène de La Chapelle, Mathieu Arsenault reprend son percutant La vie littéraire, critique de l’industrie culturelle (21 septembre).

Auteurs d’ailleurs à découvrir

Connaissez-vous la dramaturgie moldave ? Une rareté sur nos scènes que ce court texte de Nicoleta Esinencu créé par le Théâtre de l’Opsis à Fred-Barry. That Moment. Le pays des cons est décrit comme une critique cinglante d’une société où tout s’achète (29 septembre).

Le délirant trio du Projet Bocal jouera à La Licorne Fairfly, une comédie sur les startups signée par l’auteur catalan primé Joan Yago García. Aussi en captation vidéo (10 novembre).

Photo: Suzane O'Neill Les comédiens de la pièce «Fairfly»

Solène Paré poursuivra sa fructueuse résidence à Espace Go avec une pièce de l’Américaine Naomi Wallace, La brèche. Quant au Théâtre du Rideau vert, il mise cet automne sur une œuvre unique mise en scène par Denise Filiatrault : Adieu Monsieur Haffmann, tragicomédie sous l’Occupation nazie pour lequel le Français Jean-Philippe Daguerre a remporté un Molière en 2018 (29 septembre).

Théâtre et technologie

Avant même son annulation forcée au printemps, Violette, création de la compagnie Joe Jack et John à Espace Libre, proposait déjà une expérience idéale en temps de pandémie : une représentation de réalité virtuelle pour spectateur unique. Avec Sheuetam, l’artiste multidisciplinaire Soleil Launière a conçu une installation déambulatoire et sonore en continu. À découvrir au MAI.

Et il faudra se transporter sur le Web pour assister à certains événements. Tel, en décembre, l’intrigant Entends-tu ce que je te dis ? Kouté mwen titac !, une coproduction du Nouveau Théâtre expérimental et de Tropiques Atrium qui entrecroise voix martiniquaises et québécoises. Ou Prélude à La nuit des rois, le Shakespeare que Frédéric Bélanger devait monter cette saison au TNM. En attendant, ce laboratoire public (présenté un seul soir en salle) donne accès aux coulisses de la création.

Réjean Ducharme, bis

Deux spectacles s’appuyant sur l’écriture du mythique auteur devaient prendre l’affiche au printemps dernier. On pourra finalement voir au TNM l’adaptation intimiste qu’a signée Lorraine Pintal de L’avalée des avalés. Sur les ruines du collage À quelle heure on meurt ? qu’il devait mettre en scène au Quat’Sous, Frédéric Dubois, lui, a plutôt créé un autre show : À quelle heure on est mort ?.

Inclassable

Comment passer sous silence une création de Didier Lucien et Stéphane Crête ? Leur Teatr Inferis, à Espace Libre, déroulera un huis clos étrange où trois interprètes (dont Sylvie Moreau) captifs sont forcés à des pratiques artistiques… Notons en terminant que l’Usine C et les Écuries — celles-ci malgré une pléthore d’activités cet automne — ne reprendront la diffusion de spectacles qu’en janvier.

 

Pendant ce temps, à Québec

Pour son cinquantenaire aux ambitions forcément réduites, le Trident présente quatre pièces, dont plusieurs solos. Deux spectacles diffusés à la salle Octave-Crémazie : une adaptation signée Marie-Josée Bastien du fameux Exercices de style de Queneau et une incarnation de la mythique Sagouine d’Antonine Maillet parLorraine Côté. À la salle John-Applin, Olivier Arteau s’attaque à une transposition du récent roman Ce qu’on respire sur Tatouine, de Jean-Christophe Réhel. Enfin, Les barbelés, mordante partition d’Annick Lefebvre, sera montée par Amélie Bergeron dans la cour du Conservatoire de musique.

À l’inverse, le gros morceau de la programmation de la Bordée — après quatre lectures — est une production à 11 interprètes. Michel Nadeau met en scène Le gars de Québec de Michel Tremblay, féroce satire politique inspirée par Le Revizor de Gogol.

Au Périscope, signalons un déambulatoire « poétique », Le pommetier, produit par Ubus Théâtre et Pupulus Mordicus et Les années amputées, où Jean-Philippe Joubert et Julie Morel mettent en espace un texte aux accents beckettiens, dit-on, de l’Américain Kevin Doyle. Le théâtre accueille aussi la ludique production Je suis mixte, de Mathieu Quesnel, avec un irrésistible Yves Jacques.

La saison alternative de Premier Acte affichera des formes diverses : parcours extérieur (Manque(s) du Théâtre escarpé, inspiré par nos privations actuelles), balados (Haut du lac, du Théâtre pour pas être tout seul et Freeze-up. Sur les routes de l’exil, du Collectif du Trottoir, présenté au Musée de la civilisation) et le show bouffonesque Meet_Inc. du collectif Hommeries !.

Le Diamant reprend sa programmation avec notamment une semaine d’activités consacrée aux 50ans de la crise d’Octobre, culminant par un « spectacle à grand déploiement » dans la salle Hydro-Québec.