Un jury de pairs refuse la subvention au Rideau Vert

La directrice générale du Théâtre du Rideau Vert, Céline Marcotte, et la directrice artistique, Denise Filiatrault, ici en 2015, s’expliquent d’autant plus mal le rejet du Rideau Vert pour cette candidature qu’on avait d’abord exigé pour y prétendre l’obtention de deux subventions par projet, ce que le Rideau Vert a obtenu.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La directrice générale du Théâtre du Rideau Vert, Céline Marcotte, et la directrice artistique, Denise Filiatrault, ici en 2015, s’expliquent d’autant plus mal le rejet du Rideau Vert pour cette candidature qu’on avait d’abord exigé pour y prétendre l’obtention de deux subventions par projet, ce que le Rideau Vert a obtenu.

La décision du Conseil des arts du Canada de ne pas accorder de subvention de fonctionnement au Théâtre du Rideau Vert a été rendue par un jury de pairs.

Cette décision ne peut donc pas être annulée, malgré la lettre de protestation, regroupant 200 noms de personnalités du milieu artistique et signée par la directrice artistique du Rideau Vert, Denise Filiatrault, publiée dans Le Devoir de lundi.

« Il y a quelque chose qui ne convainc pas le jury, soit dans leur façon d’expliquer leur projet, soit dans leur proposition », a dit le président du Conseil des arts du Canada, Simon Brault.

Les jurys qui déterminent l’attribution de ces subventions changent chaque année, dit-il. Ils évaluent les demandes de subventions au fonctionnement selon trois critères, la situation financière de l’organisme, le mérite artistique de la programmation et l’engagement dans la communauté, en matière d’inclusion par exemple.

Or, M. Brault le reconnaît, le Théâtre du Rideau Vert est en excellente santé financière. Ce qui n’était pas le cas lorsque le Conseil des arts du Canada a réduit pour la première fois ses subventions au fonctionnement.

« En 2008, il y a eu une coupe, ils avaient de gros problèmes financiers », reconnaît M. Brault, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. C’est donc en lien avec les deux autres critères qu’il faut chercher l’explication du rejet de la candidature du Rideau Vert à ces subventions.

« C’est une question d’évaluation, poursuit M. Brault. Je ne suis pas dans les salles de jury et je ne peux pas communiquer les discussions du jury. […] Une fois que le classement est fait, la décision tombe. Je comprends qu’ils soient déçus. »

Selon M. Brault, la taille du théâtre n’est pas prise en considération lors de l’évaluation des candidatures. « Il y a des théâtres beaucoup plus gros que le Rideau Vert qui n’ont pas de subvention au fonctionnement. » Il ajoute d’ailleurs que la sélection semble avoir été faite « dans les normes » et que le jury « était clair » quant à ses choix.

C’est une question d’évaluation. Je ne suis pas dans les salles de jury et je ne peux pas communiquer les discussions du jury. […] Une fois que le classement est fait, la décision tombe. Je comprends qu’ils soient déçus.

Cependant, dit-il, le Théâtre du Rideau Vert pourrait toutefois « en appeler » de cette décision.

Situation « intenable »

Céline Marcotte, directrice générale du Rideau Vert, qualifie la situation d’« intenable ». « C’est le 7e refus en dix ans », dit-elle, alors que le « Rideau Vert va très bien, qu’il a repris sa place artistique et sa santé financière ».

Denise Filiatrault s’explique d’autant plus mal le rejet du Rideau Vert pour cette candidature qu’on avait d’abord exigé pour y prétendre l’obtention de deux subventions par projet, ce que le Rideau Vert a obtenu.

« Il y a beaucoup de compétition » pour ces subventions, explique pour sa part Simon Brault.

Selon Mme Marcotte, une subvention au fonctionnement permettrait aux metteurs en scène d’investir davantage dans le multimédia, par exemple. « On n’a pas augmenté nos budgets de décors depuis des années », poursuit-elle.

À l’heure actuelle, de 16 à 20 % du budget du Théâtre du Rideau Vert provient de subventions publiques, 50 % des revenus proviennent de la billetterie et le reste est rassemblé auprès de commanditaires privés.

Le Théâtre du Rideau Vert, fondé en 1948, a été le premier théâtre francophone professionnel du Canada.

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