Catherine Vidal, première lauréate du prix Jovette-Marchessault

Aujourd’hui confinée chez elle, Catherine Vidal continue de travailler à deux spectacles programmés en 2021.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Aujourd’hui confinée chez elle, Catherine Vidal continue de travailler à deux spectacles programmés en 2021.

En provoquant la fermeture immédiate de toutes les salles de spectacle du Québec, à la mi-mars, la pandémie a brusquement interrompu la pièce Inframonde, de l’Américaine Jennifer Haley, mise en scène par Catherine Vidal à La Licorne. Deux mois plus tard, elle a aussi contraint cette dernière à recevoir en ligne, dans le confinement, le premier prix Jovette-Marchessault, visant à souligner l’apport des femmes artistes du milieu théâtral.

Ce prix, doté d’une bourse de 20 000 $, est une création du Conseil des arts de Montréal et d’Espace Go, en collaboration avec Imago Théâtre, le Théâtre de l’Affamée et le mouvement des Femmes pour l’équité en théâtre (F.E.T.). Il fait partie des nombreuses initiatives issues du Chantier féministe pour la place des femmes en théâtre, qui s’est tenu à Espace Go en 2019.

C’est à 14 ans que Catherine Vidal a découvert les écrits de Jovette Marchessault, en tombant sur la pièce Anaïs, dans la queue de la comète, inspirée de l’écrivaine Anaïs Nin, à la bibliothèque publique. Ensuite, elle a découvert la pièce La Terre est trop courte, Violette Leduc, également signée de Marchessault.

Il y a des mesures temporaires qui nous tournent vers le numérique, mais ça ne remplacera jamais les arts vivants

Déjà, lorsqu’elle fait son entrée au Conservatoire de théâtre à Montréal, Catherine Vidal rêve d’être metteuse en scène, même si elle est inscrite en interprétation.

« Je me trouvais trop jeune pour faire de la mise en scène, j’avais une face de jeune première et je n’avais pas de modèle féminin en mise en scène », se souvient-elle. À sa sortie du Conservatoire, son rêve la reprend. Elle met en scène Walser, un collage de textes de Robert Walser, mais aussi Le grand cahier, d’Agota Kristof.

Contrairement à de nombreuses femmes metteuses en scène, qui ont un accès plus restreint aux grandes scènes du Québec, Catherine Vidal se dit choyée par le milieu. En 2018, elle a notamment mis en scène L’idiot, de Dostoïevski, au Théâtre du Nouveau Monde.

À cet égard, elle tenait à exprimer sa solidarité envers d’autres femmes de théâtre, moins choyées qu’elle à cet égard. « Si je m’en tenais juste à mon sort, je ne serais pas solidaire », convient-elle. Elle constate cependant que de plus en plus de femmes épousent le métier de metteur en scène « sans se sentir des imposteurs ».

« On décide à notre place »

Confinée chez elle, Catherine Vidal continue de travailler à deux spectacles programmés en 2021. Elle se désole cependant de l’annulation de deux spectacles de Marivaux, qu’elle mettait en scène avec les finissants du Conservatoire d’art dramatique.

« Ces finissants-là vont passer sous le radar », déplore-t-elle.

« Il y a des mesures temporaires qui nous tournent vers le numérique, mais ça ne remplacera jamais les arts vivants », croit-elle. Comme la metteuse en scène Brigitte Haentjens, qui l’a exprimé récemment publiquement, Catherine Vidal regrette le discours « infantilisant » des autorités. « C’est dommage qu’on ne se soit pas tous concertés, dit-elle. On reçoit beaucoup d’invitations à faire des choses, mais on décide à notre place », dit-elle.

 Née en 1938 et décédée en 2012, Jovette Marchessault a été romancière, autrice dramatique, peintre et sculptrice.

Dans un texte paru dans la Canadian Theater Review en 1985, Linda Gaboriau décrivait ainsi l’œuvre de Marchessault : « Cette voix, c’est celle des femmes de ses pièces, qui parlent haut et clair, pour commémorer, pour dénoncer et pour célébrer. »

Linda Gaboriau ajoute plus loin que, dans la pièce La saga des poules mouillées, les héroïnes que sont Anne Hébert, Germaine Guèvremont, Laure Conan et Gabrielle Roy « s’aident mutuellement à saisir dans quelle mesure l’Histoire officielle a non seulement déformé le rôle des femmes dans la société, mais aussi menti par omission ».

Cette œuvre va donc dans le droit fil des objectifs établis au lendemain du Chantier féministe pour la place des femmes en théâtre. Les autres finalistes pour le prix Jovette-Marchessault cette année étaient les femmes de théâtre Pol Pelletier et Catherine Bourgeois.

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