«Le loup»: scène de la vie conjugale

Sous couvert de remords, la volonté qu’affiche Donald (Luc Senay) de «lui rendre sa vie», afin que Solange (Maude Guérin) découvre enfin qui elle est vraiment, se découvre pour ce qu’elle est: une démarche égocentrique qu’il lui impose.
Photo: Caroline Laberge Sous couvert de remords, la volonté qu’affiche Donald (Luc Senay) de «lui rendre sa vie», afin que Solange (Maude Guérin) découvre enfin qui elle est vraiment, se découvre pour ce qu’elle est: une démarche égocentrique qu’il lui impose.

Après le pétillant Sissi, on nourrissait forcément de belles attentes vis-à-vis de la nouvelle offrande de Nathalie Doummar. Dans Le loup, la jeune autrice change de génération, faisant vivre l’un de ces couples à l’ancienne où la femme s’est sacrifiée, a renoncé à ses rêves de jeunesse pour entretenir le foyer et élever des enfants. Après trente ans de ménage, le mari atteint de la maladie d’Alzheimer se voit frappé par un éphémère éclair de lucidité. Pressé de tout dire avant que sa mémoire ne s’efface, Donald reconnaît sa nature contrôlante et confesse ses ignominies passées. Des aveux que Solange accueille d’abord avec une étonnante insouciance, une dénégation. Pouvait-elle vraiment être si aveugle, si bonasse ?

Joué dans les coulisses du Théâtre Jean-Duceppe, sous la formule du 5 à 7, Le loup semble au départ bien conventionnel, il faut l’avouer. Avec sa durée abrégée et son cadre décontracté, ce format sympathique semble pouvoir prêter à une forme narrative moins classique, ou à un rapport scène-salle plus souple, vue l’intimité avec les spectateurs. Or, cette conversation parsemée d’humour entre époux, avec un quatrième mur bien en place, donne plutôt l’impression, d’abord, d’assister à une forme un peu datée, un univers pas loin d’être téléromanesque.

Virage habile

Mais la pièce est habilement construite : Nathalie Doummar y opère un virage progressif bien maîtrisé, non seulement en glissant plus ou moins de la comédie conjugale au drame existentiel, mais en paraissant changer l’angle du texte. De l’histoire d’un homme qui veut s’amender avant de perdre l’esprit, on passe au récit d’une femme dont le déni se révèle un choix lucide. Et sous couvert de remords, la volonté qu’affiche Donald de « lui rendre sa vie », afin que Solange découvre enfin qui elle est vraiment, se découvre pour ce qu’elle est : une démarche égocentrique qu’il lui impose. Des aveux libérateurs pour lui, pas pour elle. Au final, la pièce met en lumière un personnage féminin à la fois lumineux et déchirant.

Cela fonctionne d’autant mieux que Le loup s’appuie sur la superbe Maude Guérin, bouleversante dans cette dernière scène. Face à un Luc Senay qui donne malgré tout une bonhomie attachante à son prédateur inquiet, tout fier de son entreprise narcissique de vérité. La mise en scène sobre de la cinéaste Chloé Robichaud leur laisse toute la place, dans le décor faussement réaliste de Bruno Pierre Houle.

Ainsi que nous l’annonçait fièrement l’une des guichetières de Duceppe à l’entrée du théâtre, le spectacle est présenté à guichets fermés. Mais on sait déjà que Le loup sera repris l’automne prochain.

Le Loup

Texte : Nathalie Doummar, mise en scène : Chloé Robichaud, jusqu’au 27 mars, dans les coulisses du Théâtre Jean-Duceppe.