«Mac (Death)»: le bruit et la fureur

Guillaume Perreault, qui incarne Macbeth, fait partie du trio au cœur de l’œuvre.
Photo: Robert Pelletier Guillaume Perreault, qui incarne Macbeth, fait partie du trio au cœur de l’œuvre.

Ça vibre fort à La Chapelle alors que résonnent, dès l’entrée dans le hall du théâtre, les vrombissements d’une lourde mélodie. Jocelyn Pelletier, habitué des relectures (De l’instant et de l’éternité, son précédent spectacle, était une réécriture du Phèdre de Sénèque) et des propositions où l’intensité de la performance scénique est primordiale (depuis qu’on l’a découvert dans les spectacles de Christian Lapointe, comme Vu d’ici), s’attaque à Macbeth en proposant un spectacle multidisciplinaire qui conjugue Shakespeare et death métal. Sorcières, complots, sang, malédictions et meurtres sordides, voilà une matière première qui appelle bien l’esprit de ce genre musical.

Mac (Death) présente un band nommé… Macdeath, du même nom que celui de son frontman. Le spectacle nous convie moins à un concert qu’à une séance de répétitions (à moins que ce ne soit les deux ?) : l’enchaînement de chansons rappelle le premier, tandis que les disputes internes qui larvent la bonne entente du groupe évoquent le second.

Le trio central du groupe (et du spectacle) est composé de Guillaume Perreault, Fanny Migneault-Lecavalier et Maxim Paré-Fortin, qui incarnent la version métal du trio au cœur de l’œuvre shakespearienne : Macbeth, Lady Macbeth et Banquo. À leurs côtés, Samuel Bobony (batterie et claviers) et Érick D’Orion (voix et conception sonore) incarnent les sorcières qui lancent les trois Écossais sur la route de leur perdition. Il faut souligner l’engagement total des interprètes, qui brillent tant dans les pièces musicales que dans les moments joués, investis de la fougue nécessaire pour incarner un band plus que crédible.

Plus simple expression

La relecture que propose Pelletier est d’une cohérence exemplaire : en réduisant la pièce à sa plus simple expression (exit Duncan, Malcolm, Macduff et tous les autres), il se concentre sur les aspects horrifiques et pulsionnels de l’œuvre shakespearienne, ce qui est renforcé par le choix musical. Dans cette logique, sa mise en scène inventive emprunte à l’imagerie satanique (pentagrammes inversés au sol ou sur les vêtements des sorcières) et aux codes du cinéma d’horreur (la scène du meurtre de Banquo crée une image puissante qui se répercute jusque dans l’apparition de son spectre plus tard).

L’auteur, metteur en scène et scénographe travaille l’aspect multidisciplinaire avec soin : la scène est organisée comme le serait celle d’un spectacle de musique, à cela près que la batterie fait dos au public (signe que la musique sert d’abord à envoûter les trois personnages). Quand la musique tonne, le couple infernal a l’air plus décidé que jamais et avance dans son plan machiavélique sans hésiter ; lorsque, plus tard, la batterie se tait, les doutes s’installent et tout mène à l’inévitable fin sanglante.

Segmenté en scènes (« The Twisted Sisters », « Lady Macdeath a faim », « Banquo / Banquet », etc.) et en pièces musicales (Macdeath Theme, Viper Love, The Dagger, etc.), ponctué de l’intervention des sorcières (« chantées » par Érick D’Orion avec le texte projeté sur le mur du fond), le spectacle culmine en toute logique sur la plus célèbre des répliques shakespeariennes. Mac (Death) ​est bien une œuvre « full of sound and fury », mais bien loin de ne rien vouloir dire.

Mac (Death)

Idéation, adaptation du texte, mise en scène et scénographie : Jocelyn Pelletier. Au théâtre La Chapelle jusqu’au 17 mars.