«Terres invisibles»: intime traversée

Niklas Nybom signe la musique de «Terres invisibles<i>»</i>, pièce écrite et mise en scène par Ishmael Falke et Sandrina Lindgren présentée dans le cadre du Festival de Casteliers.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Niklas Nybom signe la musique de «Terres invisibles», pièce écrite et mise en scène par Ishmael Falke et Sandrina Lindgren présentée dans le cadre du Festival de Casteliers.

Portée par le désir de décloisonner notre rapport au monde, de rabattre les œillères pour mieux saisir l’humanité dans sa diversité, la compagnie finlandaise Livsmedlet crée Terres invisibles, une pièce atypique, présentée pendant le Festival de Casteliers, qui nous invite à vivre intimement la traversée entreprise par les migrants.

Spectacle offert dans une langue imaginaire et soutenu par la musique de Niklas Nybom Terres invisibles raconte de façon organique et intime la réalité des migrants depuis l’intérieur, offrant une perspective humaine et sensible du trajet. Alliant danse, marionnettes et vidéo, se servant de leur corps comme d’une terre sur laquelle se déplacent les personnages et objets colorés, Ishmael Falke et Sandrina Lindgren prennent part à l’exil de ces humains. À l’origine, le projet devait s’articuler autour du thème très général du voyage, nous raconte le duo depuis Trois-Rivières où il offre quelques représentations avant l’ouverture du Festival de Casteliers. « En 2015, lorsque nous avons créé la pièce, les médias racontaient de plus en plus d’histoires de migrants, de gens qui mouraient sur la Méditerranée. Alors, plus on avançait dans notre projet, plus on se disait que c’était ce que nous voulions aborder, le voyage de ces exilés. Parce que la représentation qui en est faite dans les médias ne nous permet pas de saisir réellement ce qui se passe. Ils offrent une image froide et détachée de ces personnes sur des bateaux ou dans les camps », explique Sandrina Lindgren, cometteuse en scène et chorégraphe du projet.

L’humain derrière le migrant

C’est donc à travers les mouvements de leurs corps, jouant de leurs jambes, de leur dos, de leurs bras comme autant de routes, de vallées, de montagnes, que les comédiens parviennent à offrir un angle singulier de cette réalité. L’utilisation du corps permet d’abolir la distance qui sépare la réalité du migrant et l’humain qu’il est. « On nous parle souvent des politiques, des lois entourant les exilés, mais on nous raconte rarement leur expérience physique », explique le marionnettiste Falke. Leur approche rappelle ainsi que nous avons tous un corps, fait de nombreuses courbes sur lesquelles se promènent ici les petites marionnettes, évoquant la traversée houleuse des migrants.

On nous parle souvent des politiques, des lois entourant les exilés, mais on nous raconte rarement leur expérience

En plus de créer cette onde d’empathie, la pièce se veut aussi et surtout exempte de tout propos tranché. « Normalement dans les médias nous n’avons qu’un point de vue. Une perspective très spécifique. Les réfugiés sont toujours tout petits, loin, un peu en marge de notre monde. Donc, dans le spectacle, on brise cette perspective unique grâce à un propos nuancé », explique Ishmael Falke. « Nous voulons que les gens réalisent qu’il y a plus qu’une façon de concevoir les choses, les situations, que nous ne devons pas baser notre opinion uniquement sur ce que la télévision nous raconte », poursuit-il.

Le propos ouvert tenu par le couple dans la pièce se marie à leur art, qui se situe en marge du théâtre classique. Présent sur scène, le duo est à la fois terre d’accueil, paysage, comédien, danseur, marionnettiste. « Nous ne sommes pas des personnages classiques du théâtre avec des noms, des personnalités et tout. Nous jouons différemment. En fait, c’est plutôt une expérience physique », explique Falke. Ce à quoi son acolyte ajoute qu’il y a dans leur démarche une volonté de présenter le corps tel qu’il est, sans jugement, de ne pas le voir comme quelque chose de bien ou de mauvais, de beau ou de laid, mais simplement comme un être qui ressent, qui touche, qui est.

S’il n’y a chez eux aucune envie d’imposer une voix, ou pire de faire la morale — chaque spectateur empruntera le chemin qu’il souhaite, souligne Lindgren —, il y a toutefois le désir d’encourager le public à considérer les migrants comme des humains, et non comme des numéros, à prendre le pouls de ce qu’ils sont en dehors de l’image que l’on s’en fait. De se rapprocher d’eux.

À ne pas manquer, ne serait-ce que pour découvrir ce qu’il y a au-delà de l’invisible.

Mulan à l’écran

Le COVID-19 s’immisce à sa façon jusque dans l’art. En effet, en raison de l’épidémie qui sévit en Chine, la troupe du Théâtre de marionnettes de Shanghai a dû annuler sa venue à Montréal. Par contre, son spectacle Mulan sera du Festival de Casteliers grâce à une captation vidéo du spectacle qui sera présentée en ouverture du festival, le 4 mars au théâtre Outremont. La pièce, adaptée d’un conte traditionnel, met en scène une jeune fille, Hua Mulan, courageuse et douée en arts martiaux qui, déguisée en homme, décide de rejoindre l’armée de la dynastie Wei pour ramener la paix dans son pays. Les ombres chinoises se déploieront sous l’oeil curieux des 5 ans et plus les 4 et 5 mars.

Terres invisibles

Texte : Sandrina Lindgren et Ishmael Falke. Mise en scène et scénographie : Sandrina Lindgren et Ishmael Falke. Musique : Niklas Nybom. Éclairage : Jarkko Forsman. Interprétation : Sandrina Lindgren et Ishmael Falke. Une production de la compagnie Livsmedlet. Présentée du 5 au 7 mars à la Maison internationale des arts de la marionnette.