François Girard transporte son «Vaisseau fantôme» au Metropolitan Opera

La nouvelle production, qui prend l’affiche du Met le 2 mars, met en vedette la soprano Anja Kampe dans le rôle de Senta.
Photo: Metropolitan Opera/Ken Howard via Associated Press La nouvelle production, qui prend l’affiche du Met le 2 mars, met en vedette la soprano Anja Kampe dans le rôle de Senta.

François Girard avait fait des vagues — littéralement — au Metropolitan Opera il y a sept ans en inondant la scène de faux sang pour une scène de « Parsifal ». Il est de retour au « Met » en mars pour un autre Wagner, dans une production du « Vaisseau fantôme » qu’il avait déjà présentée au Grand Théâtre de Québec l’été dernier.

Le metteur en scène québécois apporte au Met sa propre vision du « Vaisseau fantôme », récit d’un marin condamné à naviguer sur les mers pour l’éternité à moins qu’il ne puisse trouver une femme disposée à lui être fidèle jusqu’à sa mort. Il trouve une telle femme dans l’héroïne, Senta, obsédée par un portrait du Hollandais accroché dans sa maison (« le Hollandais volant », d’où le titre allemand « Der Fliegende Holländer »).

Dans la vision de Girard, l’opéra se concentrera plus sur Senta que sur le Hollandais. « C’est le thème central de l’oeuvre », dit-il en entrevue une semaine avant la première, lundi prochain. « C’est l’histoire d’une fille qui regarde si intensément un tableau qu’il prend vie et l’avale jusqu’à la mort. » Le Hollandais, lui, devient une extension de l’imagination de Senta, « un fantôme qui sort du cosmos et prend forme humaine ».

Le réalisateur de « Trente-deux films brefs sur Glenn Gould », du « Violon rouge » et plus récemment « Le Chant des noms », explique que se concentrer sur Senta, c’est « un peu comme choisir d’utiliser un grand-angle plutôt qu’un zoom » au cinéma. « Oui, je fais le choix artistique de mettre l’accent sur certains éléments par rapport à d’autres, mais cela se fait en fonction du sens de ce qui est dans le texte et la musique » de Wagner.

La nouvelle production, qui prend l’affiche du Met le 2 mars, met en vedette la soprano Anja Kampe dans le rôle de Senta et le baryton-basse Evgeny Nikitin dans le rôle du Hollandais ; l’orchestre sera dirigé par le chef russe Valery Gergiev. (Nikitin remplace au pied levé Bryn Terfel, qui s’est fracturé une cheville juste avant les répétitions.) La représentation de la matinée du 14 mars sera retransmise en direct dans les cinémas un peu partout dans le monde.

Ce n’est pas la première fois que Girard se colle à Wagner : en 2006, il avait mis en scène « Siegfried », troisième des quatre opéras du cycle du « Ring », pour la Canadian Opera Company. Il avait fait des débuts éclatants au Met en 2013 avec « Parsifal », le dernier chef-d’oeuvre de Wagner — et aussi le plus complexe. « Le Vaisseau fantôme », par contre, est le premier chef d’oeuvre de Wagner, souvent joué, et laisse entrevoir un compositeur qui cherche toujours sa voie.

« Passer de “Parsifal”  au “Vaisseau fantôme”, c’est faire un grand, grand pas en arrière, admet François Girard. Mais si vous acceptez de le mettre en scène, vous devez l’offrir avec autant de générosité et d’amour que possible. »

« Je dois admettre qu’au début, j’avais un peu peur, parce que j’aimais tellement “Parsifal”. La transcendance de chacun de ses aspects. Ensuite, on écoute » Le Vaisseau fantôme « et on se dit : » Je dois vraiment diriger ça ? « Mais je l’ai adopté très vite, car le génie de Wagner est toujours là. Je ne pense pas qu’il y ait une seule partie de cet opéra que je n’aime pas maintenant. »

Et Girard sera de retour au Met avec un autre Wagner. La prestigieuse compagnie new-yorkaise a annoncé que le metteur en scène québécois travaille actuellement sur une nouvelle production de « Lohengrin » pour une prochaine saison.