«Happy Hour»: vérité intime

S’ajoute aux mots la forte présence des deux interprètes, Anna Beaupré Moulounda et Thomas Leblanc, leur manière d’investir la scène et les gradins, d’entrer et sortir par la porte qui mène aux loges, leur façon de signifier, notamment par le costume, la richesse de leurs identités.
Photo: Thomas Leblanc S’ajoute aux mots la forte présence des deux interprètes, Anna Beaupré Moulounda et Thomas Leblanc, leur manière d’investir la scène et les gradins, d’entrer et sortir par la porte qui mène aux loges, leur façon de signifier, notamment par le costume, la richesse de leurs identités.

Trois spectacles présentés en ce moment dans la métropole abordent de manière vivifiante les enjeux de l’amour, de la sexualité, de la famille et de l’amitié. Comme le drôle et poignant Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire d’Olivier Sylvestre et Gabrielle Lessard et le profondément bouleversant M.I.L.F. de Marjolaine Beauchamp et Pierre Antoine Lafon Simard, la première création de la compagnie Parrêsia relève le défi de traduire l’intime en scène.

Dirigé par Ana Pfeiffer Quiroz, artiste et pédagogue d’origine péruvienne installée à Montréal depuis 2010, Happy Hour est une mosaïque de moments contrastés, une savante juxtaposition de souvenirs, bribes de vie graves et banales, désopilantes et tragiques, qui laissent entrevoir toute la complexité de ce qu’on appelle l’identité. Les deux « personnages », incarnés par Anna Beaupré Moulounda et Thomas Leblanc, jonglent avec des étiquettes comme Québécois.e, afrodescendante, francophone, anglophone, homme, femme, hétéro, queer, fils et mère…

Élaboré à partir d’improvisations, le texte s’inspire franchement de la réalité des deux interprètes. Alors que lui aborde surtout la découverte de son homosexualité, sa quête d’amour et de sens depuis la Rive-Nord, elle interroge principalement ses origines congolaises et son rôle de mère, souvent frustrant. On rit beaucoup, certains passages tiennent carrément du stand-up. Puis on s’émeut de leur capacité à adresser des reproches, du courage dont ils font preuve quand il s’agit de briser le moule du bon gai et de la bonne mère.

Mine de rien, il est question d’aide médicale à mourir, de pauvreté, de coopération internationale, d’image corporelle et de dégradation environnementale. Puis s’ajoute aux mots la forte présence des deux interprètes, leur manière d’investir la scène et les gradins, d’entrer et sortir par la porte qui mène aux loges, leur façon de signifier, notamment par le costume, la richesse de leurs identités. Quand ils dansent sous la boule disco, devant un néon qui clame « Good vibes only », entonnant à pleins poumons Hung Up de Madonna, on a le sentiment d’assister à une cérémonie dont l’objectif serait de conjurer la mort.

À vrai dire, les deux protagonistes de Happy Hour sont si attachants, si humains, si sombres et si lumineux qu’on ne voudrait plus les quitter. Quand se termine le spectacle de la compagnie Parrêsia (un terme du grec ancien qui évoque le droit citoyen d’énoncer une vérité intime sur la place publique), on a l’impression d’avoir visionné le premier chapitre d’une télésérie dont on sait très bien qu’on engloutira tous les épisodes. À quand le prochain ?


Happy Hour

Mise en scène : Ana Pfeiffer Quiroz. Une production de la compagnie Parrêsia. Dans la salle intime du Théâtre Prospero jusqu’au 22 février.