«Zoé»: classe de maître

Face à Zoé Tremblay-Bianco qui démontre un grand aplomb, Marc Béland prête beaucoup d’humanité à cet enseignant qui sortira du cours éclairé, au final, sur ses propres choix.
Photo: Gunther Gamper Face à Zoé Tremblay-Bianco qui démontre un grand aplomb, Marc Béland prête beaucoup d’humanité à cet enseignant qui sortira du cours éclairé, au final, sur ses propres choix.

Aussi éphémères que ses effets sociopolitiques semblent avoir été, le Printemps érable aura au moins porté plusieurs fruits, dans les dernières années, sur le plan théâtral. La situation frappée au coin de l’absurde dont s’inspire ici Olivier Choinière — celle d’un professeur forcé de donner un cours particulier, par ordre de la cour, à une pupille, malgré la grève générale déclenchée par les étudiants — sert ainsi de prémisse à une intelligente confrontation, riche en idées qui éclairent notre époque.

En bonne néo-libérale, Zoé envisage son cours comme un droit de cliente, pourrait-on dire. Mais au lieu de lui offrir la matière magistrale qu’elle réclame, l’enseignant de philosophie éthique et politique pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Il pousse l’étudiante en médecine — qui, loin d’être une simple carriériste, dit vouloir servir la société — dans ses retranchements, l’incite à réfléchir sur les motifs et répercussions de son action.

Ce sont les fondements mêmes de ses idées, basées sur l’idéologie individualiste et compétitive actuelle, que le professeur s’affaire à ébranler. Des questions qui ouvrent sur de larges interrogations. La notion de l’individu libre de ses choix n’est-elle pas un mythe ? Qu’est-on réellement sans la collectivité et les autres ? Et, débat essentiel aujourd’hui, quel est l’objectif même de l’éducation, au-delà de ce passeport direct pour une profession ?

Et il en est de même pour le texte, d’une certaine façon, qui nous renvoie surtout des questions. Pour illustrer les différentes perspectives, Choinière répète souvent, en début de scène, un dialogue en changeant le ton ou la conclusion, tout en modifiant la disposition des deux personnages dans l’espace. Des protagonistes qui, en ouverture du spectacle, sont campés, tels des pugilistes, de chaque côté de la plateforme surélevée qui constitue le coeur de l’éloquente scénographie de Simon Guilbault, environnée de sièges vides évoquant la communauté estudiantine (une arène périlleuse, Marc Béland ayant même chuté à la première).

Au bord du gouffre

Le spectacle paraît lui-même tendu entre l’individuel, l’intimiste et le collectif. Dans Zoé, les face à face sont entrecoupés par des évocations du chaos social extérieur, ce qui dilue peut-être quelque peu l’intensité du duel. La tension provient beaucoup de l’ambiance générale, auxquels concourent la musique et les éclairages. Émerge du spectacle — qui possède à certains moments des accents fantasmatiques — l’impression d’un débat dont les enjeux ne sont pas purement théoriques. Il y a quelque chose de menaçant dans les échos de ce monde au bord du gouffre, où le professeur a l’impression de porter des idées en train de disparaître.

Un duel incarné ici avec conviction. Face à Zoé Tremblay-Bianco qui démontre un grand aplomb, Marc Béland prête beaucoup d’humanité à cet enseignant qui sortira du cours éclairé, au final, sur ses propres choix.

Les interprètes s’adressent parfois directement aux spectateurs. Olivier Choinière espère visiblement engager un dialogue avec le public adolescent du théâtre Denise-Pelletier. C’est certainement un beau pari.

Zoé

Texte et mise en scène : Olivier Choinière. Dramaturgie : Andréane Roy. Une coproduction Théâtre Denise-Pelletier et L’Activité. Jusqu’au 29 février, au théâtre Denise-Pelletier.