«Le problème avec le rose»: s’offrir tous les possibles

Les chorégraphies de Christophe Garcia permettent d’aller un peu plus loin, notamment grâce aux échauffourées entre les personnages, symboles d’une véritable lutte contre les codes.
Photo: Jean Charles Verchère Les chorégraphies de Christophe Garcia permettent d’aller un peu plus loin, notamment grâce aux échauffourées entre les personnages, symboles d’une véritable lutte contre les codes.

« Il était une fois un endroit carré et confortable où vivaient quatre gars qui étaient quatre amis. » Sur cet îlot à l’abri des conventions du monde, les enfants prennent tour à tour conscience du « dehors », ce monde extérieur dans lequel chaque couleur, chaque métier, chaque geste semble au départ destiné à un genre. Beaucoup de questions les mèneront vers une meilleure connaissance d’eux-mêmes.

Dans la pièce Le problème avec le rose, le Petit Théâtre de Sherbrooke, en collaboration avec la compagnie française La [parenthèse] et le chorégraphe Christophe Garcia, fouille et déconstruit de façon directe bon nombre de stéréotypes liés au genre.

Tout commence avec cet immense tapis rose qui sert de terrain de jeux aux personnages. Lorsqu’Alix (MaximeLepage) découvre que le rose, « c’est pour les filles », il refuse d’y être associé. Il enlève alors ses chaussettes, roses, tandis que les trois autres, moins rigides, s’interrogent avec candeur sur ce code.

Doit-on, par exemple, arrêter de manger du saumon parce qu’il est rose ? S’ensuit plusieurs réflexions sur les « métiers de gars », les « jeux de gars » et, question principale, le genre d’un des quatre amis. Alix, emmuré dans ses certitudes, va même jusqu’à dire à Noa (Maria Cargnelli) qu’il est une fille. Lou (Marc-André Poliquin) et Sasha (Alexandre Tondolo), d’abord un peu perdus face à ces nouvelles informations, témoignent avec vivacité de la complexité liée à toutes ces vérités lancées par Alix.

S’amorce alors une suite d’affrontements, autant verbaux que physiques, pendant lesquels les comédiens-danseursjettent un regard lucide et franc sur les différentes notions que sont la connaissance de soi, le regard de l’autre et le droit à la différence.

Liberté, dites-vous ?

Si le spectacle permet de mettre en scène des questions sociales actuelles et de plus en plus abordées, notamment en littérature jeunesse — pensons seulement à la maison d’édition Dent-de-lion qui en fait sa mission —, en invitant les enfants à entendre et à voir l’importance d’accepter l’autre et de déconstruire les codes, il y a dans Le problème avec le rose un léger manque de finesse dans l’approche. Alors que l’on vante la liberté d’être, on offre une pièce qui devient, en fin de compte, moralisatrice, parce que coincée dans ses propres clichés. Tout est dit de façon très claire, trop évidente, ce qui laisse peu de place à l’évocation et à la réflexion personnelle. Les chorégraphies de Christophe Garcia permettent d’aller un peu plus loin, notamment grâce aux échauffourées entre les personnages, symboles d’une véritable lutte contre les codes.

De plus, bien que la prestation très physique des quatre comédiens, qui portent le sujet d’Érika Tremblay-Roy avec force, soit admirable, leur jeu manque de naturel, notamment en raison du ton enfantin qu’ils empruntent. Difficile ici de croire totalement à ces grands enfants qui jouent aux petits.

Enfin, en accompagnement de la pièce, les spectateurs sont invités à découvrir, avant ou après la représentation, la petite exposition Moi sur le thème de la notion d’identité. Divisée en trois volets — « me construire, me décrire, me repenser » —, elle présente des oeuvres particulièrement allusives, notamment celle de l’artiste Martha Wilson, sur laquelle on voit Mona Lisa portant la chevelure de Marge Simpson, et le visage et la moustache de Marcel Duchamp. Voilà une façon amusante et singulière de se repenser.

Le problème avec le rose

Texte et mise en scène : Érika Tremblay-Roy. Chorégraphie et mise en scène : Christophe Garcia. Une coproduction du Petit Théâtre de Sherbrooke et de La [parenthèse] – Christophe Garcia. Présenté à la Maison Théâtre jusqu’au 16 février. Pour les jeunes de 6 à 12 ans.