«La maladie de la mort»: corps étrangers

Le spectacle d’une heure présenté dans la grande salle du Prospero est campé dans un lieu qui tient à la fois d’une chambre d’hôtel, d’un bord de mer et d’un miroir aux alouettes.
Photo: Emilie Lapointe Le spectacle d’une heure présenté dans la grande salle du Prospero est campé dans un lieu qui tient à la fois d’une chambre d’hôtel, d’un bord de mer et d’un miroir aux alouettes.

Depuis sa publication en 1982, La maladie de la mort a été maintes fois portée à la scène. Il faut dire que le court roman de Marguerite Duras est essentiellement celui d’une rencontre, ou plutôt de l’impossibilité d’une rencontre. Ce tête-à-tête sans véritables dialogues, mais constellé d’« elle dit » et de « vous dites », Martine Beaulne a judicieusement choisi de le confier à deux interprètes de grand calibre : Sylvie Drapeau et Paul Savoie.

Coproduit par le Groupe de la Veillée et le collectif d’artistes Les Immortels, le spectacle d’une heure présenté dans la grande salle du Prospero est campé dans un lieu qui tient à la fois d’une chambre d’hôtel, d’un bord de mer et d’un miroir aux alouettes. Autour d’un lit et d’un drap, Richard Lacroix (scénographie) et Guy Simard (éclairages) ont imaginé un espace qui brouille les perspectives en s’appuyant sur les angles et les textures, en mettant à profit les transparences et les reflets.

L’intérêt du texte réside en grande partie dans l’épais mystère qui plane autour de cet homme qui veut « essayer » d’aimer et cette femme qui accepte « le contrat des nuits payées ». Quelle est la nature exacte de leur relation ? Pouvoir, soumission, domination et consentement ne sont que quelques-uns des aspects à considérer. « Elle est plus mystérieuse que toutes les évidences extérieures connues jusque-là de vous. Vous ne sauriez jamais rien non plus, ni vous ni personne, jamais, de comment elle voit, de comment elle pense et du monde et de vous, et de votre corps et de votre esprit, et de cette maladie dont elle dit que vous êtes atteint. »

Qu’est-ce que cette maladie de la mort ? De quoi est-elle la métaphore ? Les interprétations les plus diverses ont circulé. Pour expliquer cette incapacité chez l’homme à aimer, à commencer par la femme qui partage son lit, on a souvent évoqué l’homosexualité, notamment en s’appuyant sur les rapports pour le moins complexes que Duras a entretenus avec Yann Andréa. Sous la houlette de Martine Beaulne, incarnée par un tandem de comédiens plus âgés, la relation prend une dimension additionnelle.

Ainsi, la représentation pourrait bien être perçue comme une réminiscence. Chez un homme d’âge mûr, plus si loin de la mort physique, s’imposerait un douloureux souvenir, celui d’un échec à transformer le désir charnel en attachement profond, à faire d’une passion dévorante un amour véritable. Tout de même, on s’explique mal la manière presque chaste, pour ainsi dire détachée, dont Sylvie Drapeau et Paul Savoie revivent le passé. Subsiste jusqu’à la fin un étrange décalage entre la cruauté de la partition et la grande retenue dans laquelle baigne le spectacle.

La maladie de la mort

Texte : Margerite Duras. Mise en scène : Martine Beaulne. Une coproduction du Groupe de la Veillée et du collectif d’artistes Les Immortels. Au théâtre Prospero jusqu’au 15 février.