«Parfa»: de l’art de mal vieillir selon Olivier Martineau

À seulement 38 ans, l'humoriste Olivier Martineau consacre une importante partie de son spectacle à dresser l’inventaire des symptômes de son vieillissement.
Photo: Annie Diotte À seulement 38 ans, l'humoriste Olivier Martineau consacre une importante partie de son spectacle à dresser l’inventaire des symptômes de son vieillissement.

« Va pas faire ton offensé ! » lance Olivier Martineau dans les premières minutes de Parfa, son deuxième spectacle, présenté mercredi soir au Monument-National. Le préambule en forme de mise en garde adressée aux oreilles sensibles est désormais (presque) une figure imposée en humour, moins parce que pareil avertissement est nécessaire que parce qu’il procure à peu de frais à l’humoriste sur scène le sentiment de transgresser les interdits. Ces transgressions se résumeront, chez Martineau, à quelques grivoiseries et à la reconduction de plusieurs stéréotypes. « Pas de niaisage, pas de bullshit, pas de temps à perdre », promettait-il. Pas d’originalité, aurait-il aussi pu ajouter.

C’est qu’Olivier Martineau, à seulement 38 ans, consacre une importante partie de ce second tour de piste à dresser l’inventaire des symptômes de son vieillissement (de la colère que génère chez lui le jaunissement de son gazon au dédain que lui inspire la mode vestimentaire des jeunes en passant par sa confusion face au français dégenré). Il s’adressera à plusieurs reprises à une vingtenaire assise au premier rang, en lui répétant qu’elle n’a pas connu la misère (!) et qu’elle appartient à une génération de « flocons » (traduction de « snowflakes », une insulte dans la bouche de beaucoup de commentateurs de droite).

Ce discours plutôt réactionnaire, que Martineau incarne grâce à un personnage exagérément mononcle, pourrait tenir de la caricature s’il ne le conjuguait pas à une panoplie de références dignes d’un gala d’humour rediffusé pour une énième fois à Canal D. Nous croyions, naïvement, que les implants mammaires, les témoins de Jéhovah qui cognent à notre porte trop tôt le matin et les campagnes de Vision mondiale avaient été enterrés au cimetière des sujets usés.

Résultat : Parfa n’est tolérable que si l’on se répète sans cesse qu’Olivier Martineau livre une parodie d’humoriste des années 1990 et que nous assistons à un métaspectacle d’humour ridiculisant implicitement les clichés qu’il embrasse (mais une telle lecture suppose une grande générosité interprétative).

« On ne peut plus rien dire », clamera Olivier Martineau sans ironie aucune, même s’il décrivait quelques minutes auparavant un Mexicain en employant le terme « Pepito », désolante preuve qu’il est non seulement encore possible de tout dire, mais qu’il est encore possible d’employer des expressions aussi violemment méprisantes afin de recueillir des rires. « La censure en humour est un grave problème », dit-il avec regret, avant de démontrer sa témérité face à cette menace en alignant quelques plaisanteries sur Jésus, pas exactement la figure la plus polarisante.

Olivier Martineau rêve donc d’une société où tout le monde accepterait volontiers de se moquer de ses travers, où « tout le monde ferait partie du groupe », dit-il, comme à la belle époque des cabarets. Il chante dans la foulée les vertus des comiques — Claude Blanchard, Gilles Thibault, Gilles Latulippe et Roméo Pérusse — qui lui servent de modèles.

Au coeur d’un milieu de l’humour où tout ce qui précède Yvon Deschamps est souvent évoqué dédaigneusement comme une sorte de préhistoire à oublier, il y a certes quelque chose de rafraîchissant, voire de noble, à ce que l’on célèbre ces estimables fantaisistes, qui en savaient long sur la relation entre rythme et rire.

Prétendre que les « Une fois c’t’un gars » de ces légendes favorisaient l’inclusion de tous, cela dit, témoigne au mieux d’une forme d’aveuglement volontaire. Le bref florilège de blagues empruntées à ces légendes qu’offre Martineau bénéficie d’ailleurs d’un judicieux écrémage : ne subsistent que des plaisanteries relativement inoffensives.

Il suffit pourtant de visionner certains épisodes de la série Poivre et sel pour se rappeler à quel point l’homosexuel, dans l’univers du burlesque, n’était souvent qu’un dégénéré, désigné par des mots commençant par la lettre f ou la lettre t (sans parler du vocabulaire qu’employaient certains des artistes susmentionnés pour décrire les Québécois dont la peau est noire). Olivier Martineau nous pardonnera de ne pas pleurer ce glorieux passé.

Parfa

D’Olivier Martineau, en tournée partout au Québec jusqu’en mars 2021