«Le sixième sens»: les superhéros de la panique

«Le sixième sens» emprunte la forme inédite d’un «Paniccon», un pastiche des «comiccons».
Photo: Josué Bertolino «Le sixième sens» emprunte la forme inédite d’un «Paniccon», un pastiche des «comiccons».

Nos scènes avaient jusqu’ici été épargnées — sauf erreur — par l’invasion de superhéros qui déferle désormais au cinéma hollywoodien. Après avoir travaillé en ateliers avec des personnes touchées par un stress post-traumatique, la créatrice Michelle Parent a choisi d’employer cette figure populaire comme métaphore pour parler de l’état d’alerte qui en découle, et plus largement de la peur qui marque nos collectivités traumatisées par la violence et le terrorisme. Comme si l’hyper-vigilance léguée par ce choc était un superpouvoir, une « mutation » qui fait sentir à ses survivants des dangers que le commun des mortels ne perçoit pas…

Le sixième sens emprunte la forme inédite d’un « Paniccon ». Un pastiche des comiccons, ces conventions destinées aux fans des genres de l’imaginaire. La scène de Fred-Barry est donc peuplée de toute une brochette de X-Men du trauma, dont les alter ego sont dotés de surnoms et de costumes à l’avenant. Douze personnages joués par un mélange d’interprètes professionnels et de « non-acteurs », selon la formule inclusive du Pirata Théâtre — coproducteur, avec Matériaux composites, du bel Album de finissants. On salue d’ailleurs la conviction avec laquelle la distribution endosse une audacieuse proposition où la gravité du sujet contraste avec son traitement saugrenu.

Attachement à la formule

La metteuse en scène semble en effet s’enfermer dans un concept qu’elle prend peut-être trop au sérieux. Sans aller toutefois jusqu’au bout, en proposant une forme déambulatoire autour de kiosques, par exemple. Il y a bien dans le spectacle une exploration d’éléments liés au choc post-traumatique, comme cette table ronde où les protagonistes en décrivent les symptômes. Mais le spectacle semble surtout s’attacher à reproduire une série d’activités suivant les codes singuliers de la convention geek.

La métaphore de base est réitérée à plusieurs sauces, à travers des tableaux parfois longuets dont l’intérêt — outre certains numéros musicaux ludiques — est tout relatif… Sans compter que, pour une raison quelconque, le public a été campé dans les coulisses de la convention, dans une section qui lui présente plutôt l’envers du décor. D’où les nombreuses annonces en voix hors champ, censées décrire ce qui se passe sur la scène principale du « Paniccon ».

Dans l’ensemble, Le sixième sens donne l’impression d’une pièce qui simplifie son thème plutôt qu’elle ne le poétise. C’est dommage parce qu’il y avait là un sujet pertinent, à commencer par la réalité dont elle s’est inspirée. (La fierté des participants était d’ailleurs manifeste, au terme de la représentation.)

Quant à l’anxiété collective, elle trouvait une expression forte lors d’une scène qui faisait entendre tous les types d’endroits, des lieux de culte aux discothèques, qui ont déjà été le siège d’un acte terroriste. Une énumération à la fois toute simple et puissante par ses références émotionnelles. Nul besoin, ici, de gimmick pour évoquer cette vulnérabilité…


Le sixième sens

Écriture et mise en scène : Michelle Parent. Une production de Pirata Théâtre. Jusqu’au 8 février à la salle Fred-Barry.