«Si je reste»: scènes de chaos

Queen Ka elle-même habite la scène avec une intensité qui ne paraît jamais forcée, toujours bien campée.
Photo: Emmanuel Crombez Queen Ka elle-même habite la scène avec une intensité qui ne paraît jamais forcée, toujours bien campée.

Quatrième spectacle d’Elkahna Talbi, mieux connue sous le nom de Queen Ka, Si je reste traite de notre rapport à l’engagement aux autres, mais surtout au monde qui nous entoure. Une femme se réveille un matin, « dans le luxe de l’espace », soudainement consciente d’être responsable du chaos qui l’entoure.

S’ensuit une récitation poétique qui la mènera jusqu’à la chute redoutée et, surtout, à l’espoir de reconstruction qui peut lui survivre. Véritable ode à l’enchantement et à la survie de l’étincelle qui nous permettrait collectivement de faire mieux, Si je reste fleure bon l’espoir qui résiste à la face des catastrophes. D’où le titre : si je reste, même après la fin, comment s’en sortir et mieux recommencer ?

Queen Ka a certes le don de produire çà et là des fulgurances poétiques qui restent en tête, mais le propos qui s’inscrit dans l’air du temps (que faire pour empêcher le monde d’exploser, ou comment penser sa reconstruction s’il explose ?) peine parfois à se distinguer des nombreux discours qui portent sur le même thème ou à échapper au ton sentencieux des prophéties de fin du monde.

La force du spectacle tient surtout à la qualité de sa forme scénique : les séquences s’enchaînent sans points morts, formant un tout continu et créant un récit plus uniforme que celui auquel on s’attendrait. Si je reste brouille ainsi la frontière entre le solo théâtral (monologué) et le spectacle de spoken word. On ne s’étonnera pas de voir le nom de Marie Brassard associé au projet, tant la forme du spectacle évoque pour le mieux le travail scénique de la créatrice de Jimmy, créature de rêve.

Le spectacle se démarque aussi par la virtuosité de ses performances, à commencer par Queen Ka elle-même, performeuse au sens le plus large et noble du terme, qui habite la scène avec une intensité qui ne paraît jamais forcée ; toujours bien campée, elle joue de ses pauses, de ses variations de rythmes et de tons (dont des effets d’écho et de reverb) ou de ses regards au public à bon escient.

À ses côtés, les musiciens Blaise Borböen Léonard et Stéphane Leclerc (avec qui Queen Ka collabore depuis presque les touts débuts) composent des ambiances qui évoquent des drones aux accents électros, parfois mélodiques, parfois dissonants, tantôt doux et tantôt frénétiques. Plutôt que de simplement servir d’illustrations ou de trames d’accompagnement au texte, les arrangements créés par les deux musiciens multi-instrumentistes nourrissent et alimentent le jeu, quitte à prendre parfois le dessus sur l’écoute du texte.

Pour habiller la scène, la scénographe Catherine Fournier-Poirier joue dans la simplicité et l’efficacité, créant une aire de jeu circulaire délimitée par neuf lampes sur pied : le vert, le rouge, le blanc, le jaune ou le bleu alternent et répondent aux rythmes de la voix et de la musique. Dans toutes ses facettes scéniques, Si je reste est un véhicule efficace pour les mots de Queen Ka.


Si je reste

Texte : Queen Ka. Composition musicale : Blaise Borböen Léonard et Stéphane Leclerc. Interprètes : Queen Ka, Blaise Borböen Léonard et Stéphane Leclerc. Au théâtre La Chapelle jusqu’au 4 février.