Des femmes au pouvoir sur les scènes d’ici

Émile Proulx-Cloutier et Anaïs Barbeau-Lavalette, le duo créatif derrière le beau «Pôle Sud», offre un nouveau «documentaire scénique», «Pas perdus».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Émile Proulx-Cloutier et Anaïs Barbeau-Lavalette, le duo créatif derrière le beau «Pôle Sud», offre un nouveau «documentaire scénique», «Pas perdus».

Durant la saison qui s’amorce, une vingtaine de spectacles porteront la griffe d’une femme à la mise en scène. Un poste clé où elles étaient traditionnellement sous-représentées. On est peut-être encore loin de la parité espérée par plusieurs, mais un coup d’œil à la programmation hivernale permet en tout cas de mesurer l’importance de la place prise par certaines créatrices, en quelques années seulement, sur les scènes montréalaises.

C’est Édith Patenaude qui mène le bal, avec trois rendez-vous scéniques. La metteuse en scène de 1984 dirige les nouvelles créations de Dany Boudreault (Corps célestes, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui) et de Steve Gagnon (Les étés souterrains, un monologue porté par Guylaine Tremblay, à La Licorne). Édith Patenaude hérite aussi d’une grosse production sur un grand plateau — là où il y a encore de notables lacunes en matière d’équité —, avec Les sorcières de Salem au théâtre Denise-Pelletier. Un classique d’Arthur Miller, adapté par l’auteure Sarah Berthiaume, qui pose un regard empreint d’une sensibilité contemporaine sur le rapport entre les personnages féminins et le pouvoir.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La metteuse en scène Édith Patenaude mène le bal avec trois rendez-vous scéniques cette saison.

L’auteure et metteuse en scène Alexia Bürger sera tout aussi prolifique. En sus du retour — sur la vaste scène de Jean-Duceppe, cette fois — de sa brillante pièce inspirée de la tragédie de Lac-Mégantic, Les Hardings, l’artiste crée J’ai cru vous voir à Espace Go. Un spectacle qu’elle a tiré de la correspondance passionnelle, dans les années 1950, entre le peintre Paul-Émile Borduas et Rachel Laforest — incarnés ici par Jean-François Casabonne et Pascale Bussières.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’auteure et metteuse en scène Alexia Bürger

Alexia Bürger s’est aussi alliée à Fanny Britt afin d’écrire Lysis, pour le Théâtre du Nouveau Monde. Création dérivée du Lysistrata d’Aristophane, ce spectacle choral à l’imposante distribution (Bénédicte Décary en tête, en remplacement de Monia Chokri) raconte un mouvement féminin de « grève de la natalité », visant à mettre fin au règne destructeur du boys’ club… Une mise en scène de Lorraine Pintal, qui monte aussi, dans le théâtre qu’elle dirige, L’avalée des avalés (en juin). Une adaptation intimiste du roman culte de Réjean Ducharme, bien accueillie lors de sa création en France.

Cohabitation générationnelle

Dans ce panorama de saison se côtoient metteuses en scène d’expérience et créatrices ayant fait leur marque plus récemment. Dans le très attenduSang (Usine C), la « vétérane » Brigitte Haentjens se mesure à nouveau au puissant auteur du 20 novembre, Lars Norén. Une tragédie contemporaine renvoyant au mythe d’Œdipe, avec un quatuor prometteur : Christine Beaulieu, Sébastien Ricard, Alice Pascual et Émile Schneider.

Au Quat’Sous, Marie Brassard redonne une voix aux poétesses oubliées de la Beat Generation en créant Éclipse, élaborée avec ses quatre comédiennes. Martine Beaulne s’attaque pour sa part à La maladie de la mort, de Marguerite Duras, un duo incarné ici par Paul Savoie et Sylvie Drapeau, au Prospero.

Jeune directrice du théâtre Périscope, Marie-Hélène Gendreau porte sur les scènes montréalaises deux auteures trentenaires : Pascale Renaud-Hébert (Hope Town, à La Licorne) et la Britannique Lucy Kirkwood, chez Duceppe, avec Les enfants, qui s’inspire de l’accident nucléaire de Fukushima pour aborder des enjeux environnementaux.

Avec L’inframonde, à La Petite Licorne, Catherine Vidal fera elle aussi découvrir une dramaturge se mesurant à un sujet très actuel. L’Américaine Jennifer Haley y traite des questions éthiques soulevées par la réalité virtuelle. Et c’est justement une expérience virtuelle, pour une personne, à laquelle nous convient les fondatrices de la compagnie Joe Jack et John, Catherine Bourgeois et Amélie Dumoulin. Violette sera créée à Espace libre.

Pour le reste du menu, foisonnant, de cette saison, voici une sélection de choix déchirants.

 

Pièces à surveiller

Soifs Matériaux: l’adaptation de la saga de Marie-Claire Blais par le Théâtre Ubu. Dès le 24 janvier, à Espace Go.

Histoire populaire et sensationnelle: Gabriel Plante traite de transmission identitaire dans cette « farce » lauréate du prix Gratien-Gélinas 2016. Dès le 28 janvier, à Espace libre.

Zoé: la création d’Olivier Choinière orchestre un dialogue professeur-étudiante autour de questions fondamentales. Dès le 5 février, chez Denise-Pelletier.

Becoming Chelsea: le « thriller existentiel » de Sébastien Harrisson s’inspire de la militante trans Chelsea Manning et du thème très actuel de la protection des données. Dès le 25 février, au théâtre Prospero.

Les 3 soeursRené Richard Cyr dirige une belle distribution dans son premier Tchekhov. Dès le 3 mars, au TNM.

TripMathieu Quesnel s’offre une virée dans les psychédéliques années 1960. Dès le 6 mars, à Espace libre.

Qui parle ?: un happening réunissant six dramaturges autour du sujet de la prise de parole, avec de courtes histoires livrées par une distribution qui change chaque soir. Dès le 17 mars, à La Licorne.

Atteintes à sa viePhilippe Cyr s’attaque à un texte kaléidoscopique, et inédit ici, du grand dramaturge anglais Martin Crimp. Dès le 24 mars, à l’Usine C.

Pas perdusAnaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier, le duo créatif derrière le beau Pôle Sud, offre un nouveau « documentaire scénique ». Dès le 14 avril, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Une conjurationAlexis Martin et Daniel Brière campent les penseurs Georges Bataille et André Masson au moment où ils élaborent un pamphlet antifasciste. Dès le 14 avril, à Espace libre.

À quelle heure on meurt ?Frédéric Dubois fait revivre le fameux collage de textes ducharmiens avec Gilles Renaud et Louise Turcot. Dès le 14 avril, au Quat’Sous.

Fun Home. Album de famille : l’adaptation musicale primée d’un roman graphique célébré, le récit autobiographique d’Alison Bechdel. Dès le 15 avril, chez Jean-Duceppe.

Pacific Palisades: écrit par Guillaume Corbeil et dirigé par Florent Siaud, cet intrigant solo s’inspire de la vie d’un fabulateur. Avec Évelyne de la Chenelière. Dès le 21 avril, à la salle Jean-Claude-Germain.