«Beu-Bye 2019»: le spectacle à l’ère du spectacle

Nouveauté cette année: un trio de musiciens présent sur scène rythme le spectacle.
Photo: Vincent Champoux Nouveauté cette année: un trio de musiciens présent sur scène rythme le spectacle.

La dernière représentation du Beu-Bye à laquelle nous avions assisté remonte à 2016. Cette revue annuelle festive, qui livrait alors sa troisième édition, nous avait laissés pour le moins pantois : le caractère sommaire des gags et leur multiplication parfois décousue, à l’époque, allaient de pair avec une facture scénique bien indigente.

Pour cette édition 2019, une évidence s’impose : l’équipe, qui traverse le boulevard Dorchester pour rejoindre la salle de spectacle de l’Impérial, a pris beaucoup de galon. Si les bases demeurent les mêmes, le spectacle s’est doté d’une construction scénique nettement plus travaillée et d’autant plus convaincante. Les différents sketches, sous l’auspice des sept comédiennes et comédiens qui se relaient avec une énergie efficace, reprendront les moments marquants de l’année artistique et politique — médiatique, en somme — dans la plus pure idée de la rétrospective.

Dans un projet piloté par le metteur en scène Lucien Ratio, l’angle retenu sera principalement celui du croisement, dans une juxtaposition de sketches filant à fort bon rythme : Greta Thunberg deviendra la Daenerys Targaryen du Trône de fer et la Reine des neiges permettra, par exemple, de revisiter l’Halloween, dans une écriture visant à maximiser les évocations… mais qui, du même coup, prendra parfois l’allure du seul collage.

Si on rigole ici et là de cette multiplication des clins d’oeil, ceux-ci s’avèrent moins intéressants que certaines lectures plus filées de l’actualité — un segment sur le troisième lien présenté comme une panacée, notamment, où l’équipe se permet de beaux délires.

Au diapason de l’année

Si l’écriture à la base du Beu-Bye joue dans les mêmes talles, une différence majeure tient à sa facture scénique, à un habillage désormais plus poussé — un trio de musiciens, en fond de scène surélevé, rythme l’ensemble et contribue réellement à bâtir le spectacle. Des éclairages plus riches, aussi, laissent la troupe moins isolée, en même temps que des chorégraphies travaillées soutiennent la cadence.

L’équipe fait preuve d’une grande dérision et on s’amuse bel et bien à voir l’année ainsi condensée, Monika Pilon et Nicolas Drolet s’en donnant particulièrement à coeur joie. Reste qu’il demeure difficile de ne pas garder un pied à l’extérieur, quand les chefs d’État et députés qui se multiplient sur scène nous rappellent à quel point la politique se confond avec le divertissement — voir une énième fois l’anathème tomber sur la figure consensuelle de Donald Trump finit de nous convaincre que la représentation joue plusieurs notes connues.

À l’heure où l’espace commun adopte déjà si largement les contours du spectacle, une telle rétrospective, qui fait son pain et son beurre des petites incohérences de l’année, fait ici office de redite — bien malgré elle, peut-être. En l’absence de lectures particulièrement fortes, dans un intérêt qui va davantage au clin d’oeil, le Beu-Bye peine à nous resservir l’année sous un éclairage nouveau — et ce malgré le rassemblement que permet l’événement, la générosité de la troupe ou la qualité de la formule qui a résolument trouvé son erre d’aller.

Quiconque voudra revoir l’année par la lorgnette du sourire en coin trouvera de quoi se mettre sous la dent ; un véritable buffet, en réalité. Mais il se pourrait que ce soit, sur le fond, les mêmes plats qui lui ont été servis l’année durant.

Beu-Bye 2019

Texte : Jean-Philippe Côté, Philippe Durocher et Lucien Ratio, avec Yves P. Pelletier et Pascale Renaud-Hébert. Mise en scène et sélection de textes : Lucien Ratio. Une production du Temps qui s’arrête, à l’Impérial Bell jusqu’au 29 décembre.