«Jack»: partir pour se trouver

France Huot et Jean-Marc Dalpé montrent une chimie palpable à laquelle on doit les moments les plus émouvants de la pièce.
Photo: Brian Côté France Huot et Jean-Marc Dalpé montrent une chimie palpable à laquelle on doit les moments les plus émouvants de la pièce.

Habitué du théâtre de la rue Papineau depuis quelques années, le Théâtre du Nouvel-Ontario y revient et s’installe cette semaine dans La Petite Licorne pour présenter Jack, la première pièce solo de Marie-Pierre Proulx, directrice artistique de la compagnie, qui signe également la scénographie du spectacle.

À l’annonce de la mort de son grand-père Jack, devenu à la retraite un globe-trotteur qui parcourt les États-Unis dans sa roulotte, Alexandra décide de partir sur les lieux de sa mort, au Great Shoe Tree de Middlegate, dans le grand désert du Nevada. L’accompagnent ses souvenirs, les étrangers rencontrés sur la route et On the Road, le grand roman de Jack Kerouac.

L’épopée d’Alex évoque moins celle de Kerouac qu’elle s’en nourrit, les hésitations et les aventures de la Beat Generation faisant écho à celles de la jeune femme. Jack transpose les grands thèmes de l’oeuvre : la quête de liberté, la soif de faire défiler les mots et les pavés, mais aussi un certain oubli de soi dans la drogue, le sexe et l’alcool.

Çà et là, des extraits d’On the Road sont dits, en anglais, par Jean-Marc Dalpé. En ce sens, Jack emprunte complètement à l’esprit de Kerouac, jusque dans sa dualité français / anglais (on sait que Kerouac écrivait dans les deux langues) : Alex parcourt l’Amérique de l’Ontario au Nevada, rencontre des Australiens et des Américains sur son passage, qui s’expriment toujours en français, mais qu’il faut imaginer en anglais. Le lien avec l’actualité du fait français au Canada anglais est peut-être fortuit, mais le parallèle ne manque pas de frapper.

Le décor, qui sépare la scène en deux, permet de signifier aisément la traversée du territoire par Alex : d’un côté, une petite alcôve remplie d’objets divers permettant d’évoquer un autobus voyageur, différentes tavernes ou encore la roulotte de Jack ; de l’autre, un espace plus ouvert dans lequel Alex évolue durant la majeure partie du spectacle ; au fond, un grand panneau de bois sur lequel les lumières de Michael Brunet ponctuent les ambiances, particulièrement évocatrices pour la séquence à Reno ou celle du désert.

Malgré un certain manque de rythme dans les transitions, l’ensemble ne manque pas de mérite. Le récit entremêle le road trip et ses expériences (boire une bière dans une tasse l’avant-midi, déjeuner au hamburger ou partir sur un trip de pot avec un Australien à Reno) avec les flash-backs qui font découvrir la relation entre Alex et son grand-père.

Cohérence de jeu

Jean-Marc Dalpé joue tous les personnages rencontrés sur la route, tous nommés Jack. Les liens entre le récit de Kerouac et le parcours d’Alex sont parfois trop explicites, mais c’est aussi une façon efficace de faire progresser l’action. Si les passages narrés par Alex paraissent moins forts que les scènes de dialogue, c’est notamment parce que la chimie entre France Huot et Dalpé est palpable et qu’elle provoque les moments les plus émouvants. La belle folie de ce dernier sert de contrepoint à la naïveté de la jeune femme, qui prend plus de temps à sortir de son cocon.

Grâce à ces performances, Jack atteint son but : évoquer la liberté des road trips (où il suffit de « vivre le moment présent, vivre des affaires, juste… exister »), faire rêver et donner le goût de partir, nous aussi, à la recherche de notre Jack.

Jack

Texte : Marie-Pierre Proulx. Mise en scène : Magali Lemèle. À La Petite Licorne jusqu’au 14 décembre.