«Foirée montréalaise» 2019: buffet de Noël

Joël Nawej, dont les parents ont quitté la République démocratique du Congo pour le Québec en 1990, raconte son enfance dans un Côte-des-Neiges insalubre et raciste qui donne froid dans le dos. Mais sa prise de parole aujourd’hui, son engagement et sa vive intelligence donnent toutes les raisons d’espérer.
Photo: Urbi et Orbi Joël Nawej, dont les parents ont quitté la République démocratique du Congo pour le Québec en 1990, raconte son enfance dans un Côte-des-Neiges insalubre et raciste qui donne froid dans le dos. Mais sa prise de parole aujourd’hui, son engagement et sa vive intelligence donnent toutes les raisons d’espérer.

Après Saint-Laurent, le Sud-Ouest, Montréal-Nord et le Plateau-Mont-Royal, c’est à l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce que la Foirée montréalaise du Théâtre Urbi et Orbi rend hommage ces jours-ci à La Licorne. Bien qu’elle soit toujours concoctée à partir des mêmes ingrédients — musique et chant, faits et témoignages, anecdotes véridiques et souvenirs inventés —, il faut reconnaître que la recette de cette année manque de piquant et de valeur nutritive.

Pour briser la glace, le maître de cérémonie, Pascal Contamine, interroge le public. Qui vit à CDN–NDG ? Y a vécu ? Y est né ? Y a étudié ? Y a mangé ? Y a fêté ? Y a aimé ? Étonnamment, dans une soirée de près de trois heures, ce moment de partage, échange informel entre la scène et la salle, joyeux collage de réminiscences, constitue l’un des plus beaux segments.

Les huit interprètes et les deux musiciens annoncent qu’ils vont célébrer l’arrondissement aux 160 nations et aux 110 langues en s’attardant à ce qui est « petit » et « simple » : « Ce soir, faisons une ode au petit, on en sortira grandi. Avec des petits mots, faisons des phrases. Avec des phrases, des histoires. » Il est notamment question de l’oratoire Saint-Joseph et du miraculeux frère André, de l’autoroute Décarie et des fameux melons de Montréal, de l’Orange Julep et de la chic Plaza, sans oublier les cimetières, les hôpitaux et les écoles…

Il y a bien entendu quelques moments touchants, deux ou trois raisons de sourire, mais aussi beaucoup de banalités et de lieux communs. Après avoir été évités longtemps, les enjeux politiques, linguistiques, sociaux et économiques sont le plus souvent abordés sans inventivité, sans l’apport d’un éclairage neuf, sans qu’un regard particulièrement empathique ou mordant soit posé sur la réalité.

De manière générale, le spectacle souffre encore de graves problèmes de rythme. Les échanges sont répétitifs ; les passages entre les dialogues et les monologues sont fastidieux ; les ruptures de ton nuisent à l’ensemble ; les chansons arrivent souvent comme un cheveu sur la soupe.

Parmi les interprètes, qui signent aussi les textes, deux tirent habilement leur épingle du jeu. D’abord, Ariel Ifergan, dont la rencontre avec Zak, un Jamaïcain rastafari, exprime avec beaucoup d’humour et d’esprit la nécessité d’aller vers l’autre. Puis, Joël Nawej, dont les parents ont quitté la République démocratique du Congo pour le Québec en 1990. Alors que son enfance dans un Côte-des-Neiges insalubre et raciste donne froid dans le dos, sa prise de parole aujourd’hui, son engagement, sa forte présence et sa vive intelligence fournissent toutes les raisons d’espérer.


Foirée montréalaise 2019

Texte : Pascal Contamine, Isabel Dos Santos, Ariel Ifergan, Louis- Dominique Lavigne, Joël Nawej, Julie Renault-Roy, Andréanne Théberge et Davyd Tousignant. Mise en scène : Martin Desgagné. Une production du Théâtre Urbi et Orbi. À La Licorne jusqu’au 21 décembre.