«Little Dickens»: petit miracle de Noël

Ronnie Burkett adapte, en toute liberté, le classique de Dickens «Le chant de Noël» à ses personnages du Daisy Theatre, qui renvoient aux spectacles de vaudeville américains.
Photo: Centaur Theatre Ronnie Burkett adapte, en toute liberté, le classique de Dickens «Le chant de Noël» à ses personnages du Daisy Theatre, qui renvoient aux spectacles de vaudeville américains.

Pour certains admirateurs, cette visite doit être plus attendue que celle du père Noël lui-même. Le retour à Montréal du brillant marionnettiste albertain Ronnie Burkett (Penny Plain, Billy Twinkle, Tinka’s New Dress…) a les allures de cadeau avant l’heure. Un présent festif, hautement divertissant et aux accents salaces.

Offert au Centaur, en anglais, Little Dickens transpose au profit d’un public adulte (16 ans et plus) le conte Le chant de Noël. Le créateur adapte, en toute liberté, le classique de Dickens à ses personnages du Daisy Theatre, qui renvoient aux spectacles de vaudeville américains. Esmé, une artiste de variétés vieillissante, narcissique et aigrie, fait ici office de Scrooge, ce pingre insensible à l’esprit de Noël. On connaît le synopsis de cette fable de rédemption, archiconnue dans la culture anglophone, où, grâce à la visite de trois spectres, ce haïssable rabat-joie qui tyrannise son entourage va connaître une métamorphose.

Dans ce spectacle joyeusement débridé, parsemé de digressions, de références contemporaines ou locales, la séquence du fantôme des Noëls passés devient surtout prétexte à une enfilade de numéros de music-hall, dont certains demandent l’assistance de spectateurs. Ronnie Burkett nous avait prévenus, dans le sympathique prologue où il confiait sa nervosité avant cette première montréalaise, en disant en blague qu’il n’avait pas écrit de script.

Little Dickens gagne en spontanéité, en échanges directs ce qu’il perd peut-être en resserrement rigoureux, le fil narratif se faisant parfois un peu relâché. Mais les interactions — généralement truffées de blagues à connotation sexuelle — de l’artiste avec ses quatre « volontaires » d’un soir comptent parmi les scènes les plus irrésistibles de la représentation. Le spectacle, où le performeur fait entonner par le public des chants classiques de saison, prend l’allure par moments d’un véritable party dans la salle.

De l’impressionnant strip-tease d’une performeuse callipyge à l’adorable monologue de Tiny Tim sur son statut de marionnette, on (re)découvre aussi une fabuleuse cohorte de figurines. Le maniement de ces créatures se distingue par la précision des détails physiques. La démarche à petit pas de l’une, la voix langoureuse d’un autre, un crooner.

Little Dickens, c’est aussi une remarquable performance d’homme-orchestre, devant laquelle on ne peut qu’être admiratif. Essoufflant tour de force où le marionnettiste se multiplie avec une énergie endiablée, enchaînant les compositions vocales, jouant indifféremment femmes, hommes et enfants, improvisant, bref dirigeant avec maestria son petit théâtre pendant une prestation qui se déploie tout juste sous la barre des deux heures ininterrompues. Ronnie Burkett est un miracle à lui seul.

Little Dickens

Créateur et interprète : Ronnie Burkett. Arrangeur musical : John Alcorn. Au théâtre Centaur, jusqu’au 15 décembre. En supplémentaires du 17 au 21 décembre.