«Autour du Lactume»: l’interprète a du charme

Le charisme scénique de Markita Boies joue beaucoup dans la séduction qu’opère «Autour du Lactume».
Photo: Vivien Gaumand Le charisme scénique de Markita Boies joue beaucoup dans la séduction qu’opère «Autour du Lactume».

Il aura fallu l’écriture de Réjean Ducharme pour ramener Markita Boies sur nos scènes. Un univers qui sied à merveille à la trop rare comédienne. Créé à l’occasion du Festival international de la littérature en 2017, joué au dernier Festival TransAmériques, Autour du Lactume, singulier petit objet théâtral conçu par Martin Faucher, fait un bref tour de piste à Fred-Barry.

La lecture spectacle est une adaptation scénique du Lactume, oeuvre elle-même hors normes — et la dernière publiée de l’auteur québécois mythique —, qui prend la forme d’un album de dessins naïfs, coiffés de titres le plus souvent cocasses. Une oeuvre finalisée en 1966, portant le ludisme, la légèreté, la douce rébellion et l’humour parfois un peu potache de la jeunesse. On n’est pas sérieux quand on a 23 ans, pour paraphraser Rimbaud — d’ailleurs cité dans le spectacle…

Et ce ne sont pas tant ces dessins colorés, sur lesquels Ducharme lui-même semble porter un regard empreint d’autodérision, et que Markita Boies brandit assez rapidement à bout de bras, qui fondent le spectacle. Plutôt les légendes, et le décalage souvent étonnant donc drôle, entre l’illustration et l’imaginatif titre. Dans ces descriptions parfois saugrenues affleurent un sens de la dérision, une poésie enfantine, voire un regard désarmant sur l’absurdité du réel. « Prix Nobel de la désinvolture », comme il le raille, c’est là un Ducharme espiègle, qui multiplie les jeux de mots. Mais on y voit déjà quelques allusions à la mort, une sorte de refus du système, un dégoût de la société de consommation…

Dans ce corpus textuel tout de même mince, malgré sa teneur savoureuse, on pouvait douter qu’il y ait suffisamment matière à spectacle. Mais Martin Faucher l’a magnifié, ce en y insérant des textes supplémentaires, plus substantiels, de Ducharme, mais aussi d’autres écrivains, tel un extrait des Chants de Maldoror. Organisant la centaine de dessins autour plus ou moins de thématiques communes, le metteur en scène d’À quelle heure on meurt ? y découpe des ambiances, entre ludisme, mélancolie et nostalgie. Tel ce segment musical qui fait revivre les chansons des années 60, et renoue avec l’esprit de cette époque à la fois innocente et contestataire.

Le charisme scénique de Markita Boies joue beaucoup dans la séduction qu’opère ce joli hommage à l’auteur disparu. Derrière son bureau, qu’elle ne quitte guère que pour esquisser une danse, la lumineuse comédienne happe pourtant. Parfois aérienne, parfois gouailleuse, touchante dans son interprétation sentie de Vieil océan de Lautréamont, elle varie à loisir les niveaux de jeu et de langue, établissant une belle connexion avec le public.

Souhaitons qu’Autour du Lactume réussisse à initier des spectateurs adolescents au grand auteur, dont ils pourraient apprécier un esprit iconoclaste pas si éloigné de leur âge. Et après tout, les « adultes sont des enfants qui se prennent pour des adultes »…


Autour du Lactume

Conception, collage et mise en scène : Martin Faucher. Dessins et légendes : Réjean Ducharme. Textes : Réjean Ducharme, Pierre Corneille, Lautréamont, Émile Nelligan et Arthur Rimbaud. Un spectacle original des éditions du passage. Production déléguée : Jamais Lu. Jusqu’au 9 novembre, à la Salle Fred-Barry.