«Per te.»: Un trésor nommé Finzi Pasca

Cette production, dont Finzi Pasca signe le texte et la mise en scène, déploie une candeur assumée, extrêmement émouvante: comme un pas de côté, sur fond d’une riche trame musicale qui invite à contempler ces corps.
Photo: Viviana Cangialosi Cette production, dont Finzi Pasca signe le texte et la mise en scène, déploie une candeur assumée, extrêmement émouvante: comme un pas de côté, sur fond d’une riche trame musicale qui invite à contempler ces corps.

Per te., de Daniele Finzi Pasca (Corteo et Luzia, du Cirque du Soleil, cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Turin et de Sotchi), s’avère un hommage fort émouvant. Les attentes étaient élevées, pourtant : son Icaro présenté en 1996 et en 2013 au Carrefour international de théâtre, débordant de tendresse, plaçait haut la barre.

Mais au regard de ce qu’on pourrait attendre d’un spectacle de cirque, Per te. n’est pas l’explosion qu’on pourrait attendre, peut-être. D’où un flottement initial dans notre appréciation. C’est que cirque rime parfois avec saltos, émotions fortes, acrobaties spectaculaires — un « bon spectacle », à l’ère des Epic Meal Time et autres excès acéphales, repoussant les limites du faisable.

De ce point de vue, Per te. pourra paraître d’emblée un peu traînant. Dans une juxtaposition puisant surtout à l’art clownesque, l’ensemble avance sans explosion, dispersé dans une trame où la quinzaine de saltimbanques discutent abondamment les uns avec les autres. Les numéros d’acrobaties au sol ou de roue Cyr, au départ, peuvent échouer à emporter à eux seuls l’adhésion. En armure de guerriers, les membres de la troupe déploient par ailleurs une imagerie qui ne convainc pas immédiatement. De fait, l’entracte verra plusieurs spectateurs passer au vestiaire.

« Contre-performance »

Pourtant, un enthousiasme s’était frayé un chemin, déjà — comme si la troupe, à voix basse, avait réussi à lancer discrètement une invitation à la suivre. « Les acrobates sont des personnes différentes », soutenait l’une d’eux, et il nous vient l’envie de la croire.

En deuxième partie, l’adhésion grandira de toute façon à mesure que se révélera la nature du projet. Au nombre des succès figurent certes les splendeurs visuelles déployées dans l’espace aérien, avec ces tissus colorés agités comme des dragons, dans un tourbillon central que crée un jeu de souffleurs ; on nommera les numéros de cerceau et de sangles aériens, aussi, l’inventivité de certains jeux de corde et jongleries…

L’essentiel, toutefois, loge ailleurs : une qualité est à l’oeuvre qui traverse la représentation et qu’il reste à nommer. La façon qu’a la troupe de faire corps ? Leurs interactions amusées transpirent une joie sincère qui finit par prendre au coeur. À travers les contorsions diverses et les dialogues poétiques, l’épate, surtout, est reléguée loin. On aimerait parler d’une « contre-performance », s’il pouvait y avoir là moyen de souligner à quel point c’est autre chose que vise Per te., comme un remède au temps qui court.

Toute la construction de Finzi Pasca semble consacrée à trouver un rythme permettant à l’attention de se focaliser sur les seuls gestes des artistes, qui n’essaient plus d’impressionner : chacun d’entre eux semble appliqué à faire du beau, si la formule peut avoir un sens. Cette production dont Finzi Pasca signe le texte et la mise en scène déploie une candeur assumée, extrêmement émouvante : comme un pas de côté, sur fond d’une riche trame musicale qui invite à contempler ces corps.

L’ensemble parvient au final à évoquer la maladie avec délicatesse, dans une célébration de la vie où plane la figure de Julie Hamelin Finzi — cofondatrice du Cirque Éloize, auquel le spectacle livre un hommage prenant. La tombée de rideau nous laisse avec cette phrase du prince Mychkine, trop lyrique peut-être, qui soutenait que la beauté sauverait le monde.


Per te.

Une production Compagnia Finzi Pasca. Texte et mise en scène : Daniele Finzi Pasca. Présentée au Diamant du 30 octobre au 1er novembre.