«Sissi»: irrésistible vaudeville contemporain

La mise en scène de Marie-Ève Milot est sobre, sensible, juste, au plus près du texte, de la situation.
Photo: Sylvie-Ann Paré La mise en scène de Marie-Ève Milot est sobre, sensible, juste, au plus près du texte, de la situation.

Après Coco, vibrant hommage à l’amitié féminine mis en scène par Mathieu Quesnel en 2016, l’autrice et comédienne Nathalie Doummar est de retour à La Petite Licorne ces jours-ci avec Sissi, une comédie dramatique mise en scène par Marie-Ève Milot. Il est question du couple, de l’amour à la sexualité en passant par la parentalité, mais aussi, et peut-être même surtout, d’amitié.

Son vrai nom est Romy, mais on l’appelle Sissi, en référence à Romy Schneider, qui fut révélée dans le rôle de l’impératrice d’Autriche au grand écran. Sissi (Doummar) et son mari Pete (Mustapha Aramis), tous deux d’origine égyptienne, sont les parents d’un garçon de quatre ans qu’ils ont adopté. Ayant tout pour être heureuse, mais quand même pétrie d’angoisse, minée par un terrible sentiment d’inadéquation, convaincue en somme d’être (entre autres) une mère, une conjointe, une amie et une citoyenne incompétente, Sissi cherche… à se réinventer.

Pour ce faire, la jeune femme s’invite chez ses voisins, Marilyne (Elisabeth Sirois) et Jérémie (Mathieu Quesnel), eux aussi parents d’un jeune garçon qu’ils ont adopté, un couple qu’elle considère comme de « vrais Québécois », qu’elle idéalise au plus haut point. Se met alors en branle un vaudeville contemporain irrésistible, un « échange de couples » inéluctable dont les conséquences seront peut-être un brin malheureuses, mais dont le déroulement sera drôle et grinçant, énergique et intelligent, léger en même temps que profond.

La mise en scène de Marie-Ève Milot est sobre, sensible, juste, au plus près du texte, de la situation, toujours sur la corde raide entre le comique et le tragique, constamment à flirter avec la caricature sans jamais déborder. Tous les acteurs sont convaincants, mais il faut admettre que Doummar brille tout particulièrement. Entre les scènes, pour marquer le passage du temps, mais surtout pour représenter les idées et les émotions qui s’agitent en Sissi, on peut compter sur des tableaux où la musique d’Antoine Berthiaume, les éclairages de Martin Sirois, l’espace blanc de Robin Brazill et les projections vidéo de Chélanie Beaudin-Quintin prennent toute la place.

Nathalie Doummar honore un genre, ce théâtre qui poursuit le rire, mais sans se détourner du réel, sans éviter de parler de questions sérieuses comme l’immigration, la maternité, le couple, la parentalité, la famille et la fidélité. Qui plus est, Sissi est certainement l’un des plus riches personnages féminins que la dramaturgie québécoise récente nous ait donnés : elle est intelligente, forte, volubile, pleine d’esprit, le tout agrémenté d’un brin de folie et d’une foule de contradictions. On ne se lasse pas de la fréquenter. La fin de la pièce, un peu abrupte, laisserait-elle entrevoir une suite aux aventures de Sissi ? Croisons les doigts.

Sissi

Texte : Nathalie Doummar. Mise en scène : Marie-Ève Milot. Une coproduction de Tableau noir et d’Osmose. À La Petite Licorne jusqu’au 29 novembre.