Point de rencontre dans la pièce «Être Norvégien»

Autour d’un canapé orienté vers de grandes fenêtres, Sean et Lisa se font une drôle de cour avec un apprivoisement parsemé d’embûches et une séduction riche en malaises.
Photo: Maryse Boyce Autour d’un canapé orienté vers de grandes fenêtres, Sean et Lisa se font une drôle de cour avec un apprivoisement parsemé d’embûches et une séduction riche en malaises.

Maintenant présentés par le Théâtre Bistouri, les 5 à 7 de La Licorne sont de retour pour une 4e saison. Cet automne, dans le cadre intimiste de la salle de répétition du théâtre de l’avenue Papineau, Marc-André Thibault met en scène Être Norvégien, une pièce en un acte du dramaturge écossais David Greig, celui-là même à qui l’on doit Midsummer, Yellow Moon et Les événements, trois textes montés avec un franc succès par La Manufacture.

Après avoir dégusté ses boulettes, non pas norvégiennes, mais plutôt suédoises, que ce soit en version végétarienne ou carnée, puis étanché sa soif avec une bière ou un verre de vin, le spectateur est prêt à entamer le plat principal : un face-à-face de 45 minutes entre deux solitudes, la rencontre d’un homme et d’une femme qui tentent tant bien que mal de se réinventer, de se reconstruire, en somme de s’imaginer une nouvelle vie, une existence moins douloureuse, ou tout simplement moins banale.

Steve Laplante incarne Sean, un homme torturé dont on saura rapidement qu’il a passé un an en prison, qu’il a posé des gestes qu’il regrette et qu’il est dans le deuil d’une vie avec son ex-femme et leur fils. Marie-Laurence Moreau est Lisa, une femme plutôt directe et un brin fantasque qui a des origines norvégiennes et qui ne cesse de le rappeler, probablement trop souvent et trop énergiquement pour que ce soit vrai. Ils viennent pour ainsi dire de se rencontrer dans un bar. Les voilà chez lui, dans l’appartement au sol jonché de boîtes qu’il occupe depuis peu.

Autour d’un canapé orienté vers de grandes fenêtres, se tenant par moments dos au public, Sean et Lisa se font une drôle de cour. Disons que leur apprivoisement est parsemé d’embûches, leur séduction, riche en malaises. Dans ce théâtre de chambre créé à Glasgow en 2007, les mots sont aussi importants que les silences qui les relient. Maladroite, souvent cocasse, parfois poignante, toujours intrigante, la parade amoureuse est celle de deux âmes en peine, deux êtres blessés qui ont de la difficulté à renouer avec l’intimité, à reconnaître la chance qui s’offre à eux.

La traduction de Marc-André Thibault est aussi habile que sa direction d’acteur. Avec des rôles qui leur conviennent parfaitement, Steve Laplante et Marie-Laurence Moreau parviennent rapidement à instaurer le rythme hachuré des échanges, la personnalité limite de leurs personnages, la nature de plus en plus lumineuse de leur relation. De quoi quitter le théâtre avec un espoir renouvelé, celui de rencontrer, si ce n’est déjà fait, le grand amour.

Être Norvégien

Texte : David Greig. Traduction et mise en scène : Marc-André Thibault. Une production du Théâtre Bistouri. Dans la salle de répétition de La Licorne jusqu’au 25 octobre.