«L’État»: dans un triste état

«L’État», c’est le journal en crise que dirige François Speilmann et dont Solange Speilmann, son ex-femme, est l’une des éditorialistes-vedettes.
Photo: Frédérique Ménard-Aubin «L’État», c’est le journal en crise que dirige François Speilmann et dont Solange Speilmann, son ex-femme, est l’une des éditorialistes-vedettes.

La Rubrique, qui célèbre cette année 40 ans de création, est de passage ces jours-ci au théâtre Denise-Pelletier avec L’État, une pièce de Normand Canac-Marquis créée à Jonquière l’automne dernier dans une mise en scène de Martine Beaulne (et publiée tout récemment aux éditions Somme toute). De retour trente ans après Les jumeaux d’Urantia, le dramaturge continue de s’intéresser aux relations complexes entre le vrai et le faux, le passé et le présent, l’art et les idées, en somme à l’étroite et souvent douloureuse imbrication de l’intime et du politique.

L’État, c’est le journal en crise que dirige François Speilmann et dont Solange Speilmann, son ex-femme, est l’une des éditorialistes-vedettes. Le rédacteur en chef désillusionné, pour ne pas dire blasé, est incarné par Robert Lalonde. La journaliste, aussi tourmentée par le mensonge que déterminée à faire éclater la vérité dans son ultime éditorial, est campée par Louise Laprade. Autour d’eux plane le fantôme de Maude Gagnon, l’ancienne maîtresse de François, une jeune écrivaine morte dans un accident de moto qui n’en était peut-être pas un. Dans le hall du quotidien, on trouve Roxane (Monique Gauvin), la réceptionniste, et Maude Veil (Josée Gagnon), artiste-peintre affairée à restaurer un grand tableau représentant un champ de bataille.

Pendant un peu plus d’une heure, François et Solange vont aborder les sujets les plus divers dans un style plutôt lyrique et souvent confus. À quelques jours des élections provinciales, il est question de politique, mais surtout de corruption, de scandale et d’adultère. On fait allusion au déclin de la presse, à la disparition du papier, mais aussi à celle des faits et des idées. On s’inquiète également du terrorisme — un kamikaze aurait fait sauter une bombe à Mumbai — et de la pédophilie — de mystérieux sévices que François aurait vécus enfant. Quant aux discussions qui se déroulent entre la réceptionniste et l’artiste, elles sont d’une banalité confondante.

Alors qu’il est question du présent, cela ne fait pas de doute, le spectacle paraît tout droit sorti d’une autre époque. De la facture visuelle à la langue, de la dramaturgie à la mise en espace, sans oublier le jeu, le plus souvent empesé, tout est teinté d’un certain passéisme, si bien qu’on croirait à un hommage (maladroit) au théâtre des années 1980. En somme, véhicule pour des idées, à la limite du théâtre à thèse, la pièce est plombée par une surenchère de mots, un fouillis de thèmes et une intrigue inutilement alambiquée.

L’État

Texte : Normand Canac-Marquis. Mise en scène : Martine Beaulne. Une production du Théâtre La Rubrique. À la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 12 octobre.