Décès du dramaturge Jean Barbeau

Jean Barbeau a touché à la satire sociale avec la pièce «Citrouille» qui, en 1975, avait mis en scène trois militantes féministes qui séquestrent un homme.
Photo: Théâtre du bois de Coulonge Archives Le Devoir Jean Barbeau a touché à la satire sociale avec la pièce «Citrouille» qui, en 1975, avait mis en scène trois militantes féministes qui séquestrent un homme.

Figure importante de la dramaturgie québécoise dans les années 1970 et 1980, l’auteur le plus prolifique à l’époque, Jean Barbeau, est décédé mercredi, à l’âge de 74 ans. Ben-Ur, Goglu, Le jardin de la maison blanche, Les gars, pour ne citer que ces titres, forment partie d’un théâtre porté par le joual et inscrit dans la mouvance des questionnements identitaires et sociaux.

« Je crois que, dans les années à venir, le théâtre collectif prendra une plus grande importance, et je tiens à faire partie de ce mouvement. » Jean Barbeau, comme le citait en 1971 le journal Le Soleil, admet ici son attachement à l’esprit de communauté, lui qui consacre ses débuts à l’écriture en groupe, rejetant d’emblée l’autorité de l’auteur.

S’il deviendra, au bout du compte, un auteur à lui seul, moins associé à l’écriture en collectif, Jean Barbeau contribuera au développement du théâtre à Québec. Sa pièce O-71, dont l’action tourne autour du bingo, est celle qui inaugure, en janvier 1971, le Théâtre du Trident.

« O-71 reste une première fort réussie : entièrement québécoise de facture, la production [témoigne] que le regroupement tant souhaité de l’activité théâtrale à Québec est maintenant une question presque de fait. Équipe de production, décor, éclairages, costumes, mise en scène et comédiens, sans oublier l’auteur lui-même, tout ce monde est de Québec », écrit l’envoyé du Devoir, Michel Bélair.

Né en février 1945 à Saint-Romuald, formé au Collège de Lévis et lié à l’Université Laval, Jean Barbeau se fait un nom par l’oralité de ses textes. Ses titres en calembours (Le chemin de Lacroix, La coupe stainless, Émile et une nuit) en traduisent l’esprit. Il touche à la comédie, à la satire sociale — en 1975, Citrouille met en scène trois militantes féministes qui séquestrent un homme —, joue plus d’une fois en théâtre d’été, tâte du musical (Le Grand Poucet) et signe aussi son lot de drames. Peu importe le genre, son théâtre dresse « l’impuissance endémique d’un destin individuel sans cesse confondu avec notre histoire collective », selon Adrien Gruslin, cité dans le Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord.

Retiré de l’écriture dramatique depuis les années 1990, Jean Barbeau aura aussi été l’auteur de textes radiophoniques et participé à la rédaction de séries télévisées. BAnQ conserve, dans l’édifice du Vieux-Montréal, le fonds d’archives Jean-Barbeau.