La scène jeunesse entre espoir et lucidité

David Paquet garde constamment en tête l’idée que l’on fait partie d’un tout, d’une famille humaine.
Photo: Adil Boukind Le Devoir David Paquet garde constamment en tête l’idée que l’on fait partie d’un tout, d’une famille humaine.

Dans une école secondaire, au premier rang des établissements médiocres, une élection a lieu pour faire croire aux jeunes qu’ils ont du pouvoir. Dans cette activité proposée avec indifférence par la direction, Jeanne et Olivier trouvent au contraire l’occasion d’apporter de réels changements à leur milieu. Avec Le poids des fourmis, comédie apocalyptique — qui sera présentée à la salle Fred Barry en novembre —, l’auteur David Paquet pose un regard espérant sur le pouvoir de la mobilisation.

« Il y a dans la pièce beaucoup de matière au sujet de ce qui cloche dans le système, des angoisses, des faits, mais, parallèlement à ça, je voulais qu’il y ait un propos optimiste », raconte l’auteur au bout du fil. Ainsi, à travers l’histoire de ces deux adolescents fougueux, mais inquiets, préoccupés, Paquet s’est intéressé à des informations plus inusitées qui l’ont conduit aux fourmis.

« En fait, j’ai commencé à “googler” des faits étonnants. Par exemple, le matin, on est en moyenne plus grands de 8 mm que la nuit ; une coquerelle peut vivre sept jours sans sa tête… C’est en faisant des recherches comme ça que j’ai découvert que les fourmis mises ensemble sont plus lourdes que les humains réunis. »

Ces recherches reflètent les deux pulsions qui s’affrontent dans la pièce. Une pulsion optimiste, pleine d’espoir en ce qui concerne le futur, et l’autre, une violente lucidité vis-à-vis du réel. « On a beau croire qu’on est petits, minuscules et écrasables, si le peuple devait se mobiliser, on réaliserait qu’on est beaucoup plus lourds qu’on le croit. Dans Le poids des fourmis, les personnages se balancent entre ces deux pôles », explique Paquet.

À travers cette fable contemporaine, l’auteur se questionne aussi sur l’appréhension des jeunes, leur façon de concevoir le monde qui leur est laissé en héritage. « Quand j’avais 14 ans, on m’apprenait à l’école comment m’enfuir en cas d’incendie. Les ados, aujourd’hui, font des exercices de confinement, en cas d’attentat. Je me demande donc ce qu’ils enregistrent du monde dans lequel ils vivent. C’est une génération qui se voit offrir la Terre presque morte en cadeau et qui se fait dire “bonne chance”. C’est un peu rushant… Les jeunes se retrouvent à devoir régler des problèmes dont ils ne sont nullement à l’origine. Mais ils ont cet espoir et cette importante naïveté de croire que tout peut être changé. Et j’espère qu’ils ont raison. Ce qui se passe d’ailleurs avec Greta Thunberg est très inspirant. La question n’est donc plus de savoir s’il faut agir, mais comment. Parce que leur futur est pris en otage. »

Élargir son humanité

La force de ces jeunes, mais surtout l’esprit de collectivité qui sous-tend Le poids des fourmis, rejoint l’essence de l’oeuvre de Paquet. L’auteur d’Appels entrants illimités garde constamment en tête l’idée que l’on fait partie d’un tout, d’une famille humaine.

« Je pense qu’apprendre les uns des autres est important. On gagne toujours à être au contact de gens qui nous sortent de notre réalité. Que ce soit intergénérationnel ou interculturel. Je suis pour la porosité, pour élargir notre humanité grâce à celle de l’autre. Les enjeux effleurés dans la pièce sont dramatiques, mais ce n’est pas un drame, parce que je refuse de contribuer au cynisme ambiant. Je suis complètement d’accord avec la notion d’urgence, mais je ne veux pas croire que tout est perdu. L’acte politique que je fais ainsi en écrivant cette pièce, c’est d’offrir l’espace pour parler de ces trucs glauques, mais d’offrir en même temps une pièce vivifiante agréable à recevoir et dans laquelle il y a quelque chose qui porte à sourire et à agir. L’art peut faire ça, et moi, je ne perds rien à essayer ».

Nos choix d’une scène à l’autre

Le Théâtre Les Incomplètes joue en silence les thèmes de l’attente et de l’espoir du retour dans Depuis la grève. Aux Gros Becs du 16 au 20 octobre (dès 1 an).

Les marionnettes du Théâtre de l’Oeil, en coproduction avec Carte blanche, explorent quant à elles le récit d’apprentissage dans Les saisons du poulain. À la Maison Théâtre du 6 au 17 novembre (4-8 ans).

Les Créations Estelle Clareton offrent en octobre, au théâtre Outremont, une toute nouvelle création, Paysages de papier, dans laquelle la danse s’unit aux arts visuels (5 ans et plus).

Les préados pourront explorer les sciences avec Les idées lumière, présenté sous forme de cabaret par Nuages en pantalon. À la Maison Théâtre et aux Gros Becs en novembre, puis à la Maison des arts de Laval en décembre.

Enfin, pour les ados, Fils de quoi ? du Théâtre de l’Avant-Pays sera à la Maison Théâtre du 25 octobre au 3 novembre.

Le poids des fourmis

Texte de David Paquet, mise en scène de Philippe Cyr. Une production du Théâtre Bluff. Présenté à la salle Fred-Barry du 19 novembre au 7 décembre.