«Le tour du monde en 80 jours»: déjouer le temps

L’histoire est menée avec rigueur par les comédiens et la mise en scène très énergique.
Photo: Guy Charpentier L’histoire est menée avec rigueur par les comédiens et la mise en scène très énergique.

Londres 1872. Phileas Fogg, riche gentleman, fait le pari de parcourir la Terre en 80 jours, au bout desquels une somme de 20 000 livres doit l’attendre. C’est ainsi, accompagné de Jean Passepartout, un valet français engagé pour l’occasion, qu’il prend la route et la mer, de Londres à Hong Kong, en passant par Bombay et New York, l’oeil très attentif à la trotteuse qui avance sans égard pour lui. Ce périple est parallèlement vécu par Fix, un policier anglais qui suit l’aventurier aux quatre coins du monde, persuadé qu’il est l’auteur du vol de la Banque d’Angleterre.

C’est la deuxième fois que l’auteur et metteur scène Frédéric Bélanger remonte dans la Roulotte avec le Théâtre Advienne que pourra pour faire Le tour du monde en 80 jours. La première étant il y a déjà six ans, lorsque le véhicule de Paul Buissonneau se remettait en route. Fidèle à l’écriture et à l’histoire imaginée par Jules Verne au XIXe siècle, Bélanger parvient à rendre en quelque 90 minutes l’essence de cette traversée prodigieuse. La scène, dominée par une immense horloge — fameux Big Ben —, témoigne de l’importance du temps, personnage principal dans cette histoire. Puis, quelques valises disposées çà et là servent le décor. Tantôt fauteuil de train, elles se transforment sous nos yeux en différents moyens de transport allant de l’éléphant au bateau, en passant par le traîneau à glisse. La douce folie de Bélanger, sa façon de faire beaucoup avec peu est appuyée par le jeu solide des cinq comédiens. L’élégance et la prestance de Fogg s’articulent tout naturellement chez Félix Monette-Dubeau, qui joue avec classe et aplomb cet Anglais ambitieux.

Son acolyte Passepartout est interprété avec énergie par Louis-Philippe Berthiaume, qui assure de solides réparties. Lamia Benhacine en douce princesse Aouda et Bruno Piccolo en inspecteur insistant assurent les deux autres rôles principaux avec tout autant de rigueur. Puis, chacun s’investit dans différents personnages secondaires, laissant au total plusieurs types défiler sur le plateau. Le clin d’oeil à Nellie Bly — cette journaliste américaine qui a fait le tour du monde en 72 jours en 1889 — apparaît dans toute sa splendeur et sa fougue grâce à Milène Leclerc, qui ajoute à l’esprit impétueux de cette belle bande. Un bambin s’étonne d’ailleurs à la fin du spectacle de voir si peu de comédiens saluer la foule. « Ils ne sont que 5 ? » dira-t-il.

Jouer avec le public

Si l’histoire est menée avec rigueur par les comédiens, que la mise en scène très énergique — ponctuée de musique, de danse rappelant les différents pays visités — est tout aussi attrayante pour l’oeil que pour l’oreille, l’interaction avec le public ajoute à la réussite de la représentation. Les artistes n’hésitent pas à briser le quatrième mur et à se servir des petits dans la salle. Parmi les moments forts du spectacle, celui où un enfant est invité à monter sur les planches et à se livrer à un combat d’épées avec Fogg.

La menace de pluie qui planait sur la ville de Joliette mercredi soir a toutefois forcé les organisateurs à déplacer la représentation à l’intérieur. Le théâtre extérieur permet à ceux qui le souhaitent de s’épivarder sans conséquence sur notre écoute, ce que le confinement ne permet pas. Les réparties ne se sont ainsi pas toujours bien rendues jusqu’au fond de la salle, perdues dans ce brouhaha. Dans ces circonstances, mieux vaut alors s’installer plus près de la scène pour savourer pleinement ce moment de bonheur.

Le tour du monde en 80 jours

Adaptation et mise en scène de Frédéric Bélanger. AvecLamia Benhacine, Louis-Philippe Berthiaume, Félix Monette-Dubeau, Milène Leclerc et Bruno Piccolo. Une production du Théâtre Advienne que pourra. Présentée à Saint-Cuthbert le 17 août, à Shawinigan le 18 août, à Crabtree le 21 août et Saint-Didave le 7 septembre. Infos : bit.ly/2KoOpJ6