L’improvisation, par-delà la patinoire au festival Le Cube

Maxime Vaché et Maissoun Alkhalidey veulent offrir une place aux différents visages que revêt aujourd’hui l’improvisation théâtrale.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Maxime Vaché et Maissoun Alkhalidey veulent offrir une place aux différents visages que revêt aujourd’hui l’improvisation théâtrale.

« Au Québec, il y un séquoia qui cache la forêt », aime à illustrer le comédien, et vétéran improvisateur, Frédéric Barbusci au sujet de l’espace écrasant qu’occupe dans l’imaginaire collectif le match d’improvisation inspiré du hockey. Le flash proprement génial, tel qu’imaginé en 1977 par Robert Gravel et Yvon Leduc, serait bientôt embrassé par la francophonie entière (ainsi que tous les cégeps de la province).

Il existe pourtant bien d’autres manières d’inventer sans filet des histoires devant public, entendent rappeler les fondateurs du Festival Le Cube, le premier festival montréalais d’improvisation 100 % francophone — le Mprov, présenté en novembre, est un événement bilingue — s’amorçant jeudi au Théâtre Sainte-Catherine, creuset de ce renouveau d’une forme parfois tenue en otage par le rire à tout crin. Maissoun Alkhalidey et Maxime Vaché souhaitaient offrir le plus vaste panorama des autres différents visages que revêt aujourd’hui l’improvisation théâtrale en français (s’il vous plaît !), en réunissant des compagnies de Montréal, du Québec et de France, souvent davantage alignées sur l’impro (pour ne pas dire l'« improv ») telle qu’on la conçoit aux États-Unis, notamment au mythique Second City de Chicago.

Aucun match à l’affiche, donc, mais plutôt des formats longs et des concepts abracadabrants, comme les Enfants de Molière, qui troquent le traditionnel pantalon de jogging indissociable de l’impro pour des costumes (et une élocution !) dignes de la Comédie française, ou Premières, une troupe de la capitale créant de toutes pièces, en direct sous les projecteurs, des pièces de théâtre complètes.

« Il y a aussi un aspect parfois trop compétitif aux matchs d’impro », observe Maxime Vaché, un Français d’origine, installé à Montréal depuis six ans, qui ne connaissait rien à l’impro avant d’assister à une soirée de la troupe les Cravates. Il est désormais un habitué des Lundis d’impro, qui rameutent une centaine de spectateurs lors de chacune de leurs représentations au Théâtre Sainte-Catherine.

« Dans le contexte d’un match d’impro, on peut avoir peur du silence, peur des dramatiques ; si ça ne rigole pas, on ne se sent pas bien. Aux Lundis, on se donne le droit d’aller vers le drame, le sérieux. La palette peut être très large. Et si on parle par exemple d’un spectacle improvisé de deux heures, tu peux amener les gens à la fois à être ému et à rire, parce que l’impro, c’est d’abord et avant tout raconter une histoire, avant de chercher à marquer des points. »

Une salle entière pour l’impro

Autre signe de l’effervescence actuelle de l’impro sous toutes ses formes : l’ouverture imminente du PIB, un cabaret bistro à la programmation entièrement composée de spectacles à base d’improvisation. « Nous promettons de nous éloigner du match classique pour nous diriger vers des formules exploratoires et novatrices », lit-on dans un texte accompagnant la campagne de sociofinancement du projet, qui doit accueillir, fin octobre ou début novembre, ses premiers clients au 251, rue Sainte-Catherine Est.

En tant que directeur artistique de cette nouvelle scène, Frédéric Barbusci compte se faire pédagogue. « Je veux développer des pastilles de saveur, pour que les gens sachent qu’il y a autant de types de spectacles d’impro possibles que de vins ! » lance celui qui oeuvre depuis le tournant des années 2000 à la multiplication des terrains de jeu improvisé, d’abord au sein du collectif Cinplass, puis depuis 2011 à la tête des Productions de L’Instable — il sera d’ailleurs du Festival Le Cube samedi soir avec son spectacle Dompteur. « Je veux qu’on présente au PIB des propositions très comiques, très punchées, mais aussi des propositions plus senties, qui sont davantage dans la narration, et des spectacles qui explorent les liens de l’impro avec la musique, la vidéo. »

Et quel avenir pour l’improvisation façon hockey ? « Les gens vont continuer à jouer », pense Barbusci, qui foule lui-même toujours la patinoire de la LNI. « Je ne renie pas l’impro de type match ; c’est une chance d’avoir grandi avec cette formation-là, mais aujourd’hui, on rejoint un mouvement mondial », qui envisage l’improvisation sous de nouvelles fécondes perspectives. « Certains ont peut-être délaissé le match, mais c’est pour mieux y revenir, avec plus de fun. »

Festival Le Cube

Du 8 au 10 août, au Théâtre Sainte-Catherine