«Amsterdam»: Brel, un homme qui a mal aux autres

Les voix de tous les membres de la distribution sont belles et juste, mais il faut souligner la performance de Jean-François Pronovost, qui tient le rôle principal avec une rare conviction.
Photo: André Chevrier Les voix de tous les membres de la distribution sont belles et juste, mais il faut souligner la performance de Jean-François Pronovost, qui tient le rôle principal avec une rare conviction.

« Jacques… c’est cet artiste, le vrai. On le sait parce que c’est quelqu’un qui a mal aux autres. » C’est en ces termes que Clara parle de l’homme qu’elle aime et qu’elle admire, ce personnage lunatique qui passe ses journées à la cartonnerie familiale, Vanneste et Brel, à donner naissance à des numéros pour sa troupe de théâtre. Voilà la jolie prémisse de la comédie musicale que Mélissa Cardona a écrite et mise en scène à partir des immortelles chansons de Jacques Brel, du Port d’Amsterdam à Voir un ami pleurer en passant par Quand on n’a que l’amour, La quête et Le plat pays.

Après avoir été donné au Gesù en 2017, aux Grands Chênes de Kingsey Falls l’été dernier, puis en tournée partout au Québec au printemps, Amsterdam, auquel on prédit une longue vie, enchante ces jours-ci le public du TNM. Portée par onze interprètes hors pair, pour la plupart récemment sortis des écoles de théâtre, la représentation brille par sa sobriété, un mot d’ordre qui concerne aussi bien les costumes et les décors que la mise en scène et les chorégraphies. Tout en optant pour une formule contraignante, celle du jukebox musical (comédie musicale élaborée en puisant au répertoire d’un artiste ou d’un groupe populaire), Mélissa Cardona a donné naissance à un spectacle ingénieux, un hymne drôle et tendre à la poésie et à la musique.

Plutôt que de s’inspirer de la vie de Jacques Brel, la créatrice a eu l’heureuse idée d’imaginer une existence à l’auteur-compositeur-interprète à partir de ses chansons, de son univers et des êtres qui le peuplent. Ainsi, au plaisir de renouer avec un corpus qui n’a pas pris une ride, s’ajoute celui de découvrir les chassés-croisés amoureux d’une attachante galerie de personnages. Dans ce milieu ouvrier du Bruxelles de 1947, il est notamment question d’alcoolisme, de suicide, de prostitution, d’inégalités sociales et de vedettariat, mais aussi d’art et de solidarité. « Le talent, ça n’existe pas, déclare Jacques. Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose. J’ai une envie d’aimer qui est abominable. »

Les voix de tous les membres de la distribution sont belles et justes, mais il faut admettre que quelques-unes émeuvent particulièrement. D’abord, celle de Jean-François Pronovost, qui tient le rôle principal avec une rare conviction, mais également celle d’Élodie Bégin, qui campe la timide Clara, et celle d’Albane Sophia Château, qui joue la moqueuse Marieke. Il y a bien ici et là quelques petits problèmes de rythme, des transitions qui mériteraient d’être resserrées, des éclairages qui gagneraient à être nuancés et des harmonies qui pourraient être ajustées, mais rien de majeur, rien qui ne pourra être rectifié sous peu. D’autant que l’essentiel est déjà de la partie : des personnages attendrissants, un récit qui s’approprie les airs de Brel avec fraîcheur et inventivité, et surtout des interprètes doués et dévoués.

Amsterdam

Texte et mise en scène : Mélissa Cardona. Une présentation des Productions Jean-Bernard Hébert. Au TNM jusqu’au 10 août (possibles supplémentaires). En tournée au Québec du 22 février au 2 mai 2020.