Margaret Trudeau, envers et contre tous

Le spectacle a été conçu de façon à ce que Margaret Trudeau réponde à des questions préécrites, mais qui sont posées par des gens dans le public.
Photo: Gésu Le spectacle a été conçu de façon à ce que Margaret Trudeau réponde à des questions préécrites, mais qui sont posées par des gens dans le public.

Margaret Trudeau aura ri et pleuré de tout durant sa vie mouvementée, et finalement, surtout d’elle-même. C’est ce qu’elle a appris à faire malgré les décennies qui ont séparé le moment où elle a reçu un diagnostic de maladie bipolaire et celui où elle l’a accepté.

Jeudi soir, l’ex-épouse du premier ministre canadien, Pierre Trudeau, et la mère de l’actuel premier ministre canadien, Justin Trudeau, livrait la première canadienne de son spectacle Certain Woman of an Age, dans le cadre du festival Just for Laughs.

Le spectacle a été mis en scène par Kimberly Senior, et a été conçu de façon à ce que Margaret Trudeau réponde à des questions préécrites, mais qui sont posées par des gens dans le public.

Maggie Trudeau n’aura vraiment jamais rien fait comme les autres, même si elle admet avoir souhaité par-dessus tout avoir une « vie ordinaire ».

Simplement vêtue d’un jeans, d’une chemise blanche et de chaussures rouges, manifestement très en forme, à l’aube de ses 70 ans, Maggie Trudeau n’a pourtant pas eu la vie facile.

« J’aimais Pierre parce qu’il était différent de moi », a-t-elle dit au sujet de Pierre Trudeau, qu’elle a rencontré dans un Club Med à Tahiti, avant de devenir son épouse en 1971, alors qu’il était déjà premier ministre du Canada.

En effet, rien ne pouvait opposer davantage Pierre Trudeau, intellectuel austère, de 30 ans son aîné, à cette jeune ingénue, épicurienne portée sur les excès, secouée par les hauts et les bas d’une maladie bipolaire non diagnostiquée.

Après avoir fait face à la crise du FLQ, en 1970, Trudeau avait bien fait savoir à Maggie, qu’on ne « négociait pas avec les terroristes », et qu’il ne pourrait pas donner de rançon, ni pour elle ni pour ses enfants, s’ils devaient être pris en otages. « Comme c’est romantique », a-t-elle lancé au public du Gesù.

Féministe en théorie, Pierre Trudeau ne souhaitait pas non plus que son épouse travaille ou poursuive des études. Projetée sans préparation dans une vie de première dame du Canada, elle s’est rebellée en collectionnant les aventures, auprès de Ron Wood des Rolling Stones, mais aussi de Jack Nicholson ou de Ryan O’Neill, et en passant de folles nuits au Studio 54 de New York, en pleine phase maniaque.

Santé mentale

Mais Margaret Trudeau a aussi bien connu les lendemains qui déchantent. Hospitalisée en institution psychiatrique à trois reprises pour ses problèmes de santé mentale, elle compare ces endroits aujourd’hui avec humour avec l’environnement du 24 Sussex Drive, où vit le premier ministre à Ottawa.

Dans les deux endroits, elle a vécu sous la constante surveillance d’un personnel faussement gentil, a été soumise à un protocole sans faille, ne se sentait pas vraiment chez elle, et ne décidait pas quand elle allait sortir de là…

Bien qu’elle ait connu une période de relative stabilité, avec son second mari Fried Kemper, Margaret Trudeau n’a pas été épargnée par la mort de son fils Michel Trudeau, décédé dans une avalanche en 1998. Cette perte, suivie du décès de Pierre Trudeau, deux ans plus tard, l’a plongée dans une profonde dépression, dont elle n’est sortie qu’après un troisième séjour, forcé par une intervention policière, à l’hôpital psychiatrique.

Mais à cela, aussi, elle a survécu, même si elle ne souhaite à personne de perdre son enfant. Pierre Trudeau lui-même, après cet événement, a refusé de soigner son cancer de prostate de niveau un, et s’est ainsi laissé mourir, laisse-t-elle entendre.

De Justin Trudeau, elle ne parlera pas beaucoup, mais le présentera d’abord comme professeur de théâtre puis comme premier ministre du Canada.

Le vrai propos de Margaret Trudeau, c’est la sensibilisation à la maladie mentale, au trouble bipolaire en particulier, une condition qu’elle-même a mis des décennies à accepter, avant de comprendre que cette acceptation était la principale clé de sa guérison.


Certain Woman of an Age

Margaret Trudeau, au Gésu, jusqu’au 27 juillet.