ZH Festival: le beau risque

Ève Landry et Valery Drapeau ouvriront le ZH Festival le 23 juillet avec «À GO, on criss le feu», un théâtre-laboratoire issu d’un blogue littéraire.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Ève Landry et Valery Drapeau ouvriront le ZH Festival le 23 juillet avec «À GO, on criss le feu», un théâtre-laboratoire issu d’un blogue littéraire.

La 11e édition du ZH Festival s’ouvre le 23 juillet avec À GO, on criss le feu, un théâtre-laboratoire concocté par deux jeunes femmes, Ève Landry et Valery Drapeau. Pour les créatrices, l’importance de cet événement estival, qui offre la possibilité de tester en public des projets en cours, en plus de donner un « banc d’essai » inaugural aux artistes émergents, ne fait pas de doute. « La fonction laboratoire est essentielle, estime l’auteure, Ève Landry. Le ZH permet une espèce de saut dans le vide, ce premier plongeon, sans l’obligation d’avoir un nom et des années d’expérience. »

« C’est une première plateforme pour risquer, et les institutions ont de moins en moins la liberté de prendre des risques face aux jeunes créateurs, déplore la metteure en scène, Valery Drapeau. Souvent, il faut que leur programmation corresponde à un [certain] public, que le show soit rentabilisé dans l’exercice financier final. L’artiste doit être connu, du public mais aussi du milieu professionnel, je dirais même reconnu, avant qu’on accepte de lui faire une première place. » Et il est très important de risquer, juge-t-elle. « Sinon, l’art n’évolue pas. »

Carrefour multidisciplinaire, l’ancien Zone HoMa permet également à des créateurs pratiquant divers arts, qui ne se croiseraient pas autrement, de tisser des liens, ajoute sa consoeur. « Parfois, cela donne lieu à de nouvelles formes, lorsque des univers différents se [fondent] ensemble. » Elles-mêmes se sont rencontrées l’an dernier lors d’un événement destiné à la relève, le festival in situ Soir. Là où À GO, on criss le feu sera d’ailleurs repris en version écourtée, le 9 août, dans un appartement de la rue Beaubien.

Le spectacle est issu du blogue littéraire Les fausses vérités, que tient Ève Landry depuis 2015. L’auteure y publie des nouvelles d’autofiction traitant « du quotidien d’une jeune Montréalaise, et beaucoup de son intimité émotive et sexuelle ». Si ses textes ont fait l’objet de plusieurs soirées de lecture (Histoires d’un soir I, II, III), c’est la première fois qu’elle en fait une oeuvre dramatique. La forme des nouvelles, « très proche du monologue intérieur », se prêtait bien à la scène. « Le spectacle permet de les mettre en relation les unes avec les autres. Elles se font écho et tissent vraiment une trame dans le temps. »

Porté sur scène par trois voix, le résultat adopte une forme hybride, à mi-chemin entre le théâtre, la poésie et la performance. Plutôt que d’un récit, le spectacle relève beaucoup plus d’« épisodes de la vie quotidienne », évalue sa metteure en scène, où l’on voit comment la poésie fait partie de la vie de tous les jours. « Ce sont des confessions, des prises de parole très intimes, décrit Valery Drapeau. En fait, il s’agit de portraits de trois adulescents en quête d’identité, qui sont en peine d’amour. »

À travers ce trio enfermé dans son appartement, À GO, on criss le feu vise une portée universelle. « On a souvent tendance, lorsqu’on vit des douleurs ou des chagrins d’amour, à penser que l’autre ne peut pas comprendre, que notre cas est différent, dit Ève Landry. Alors qu’on a tous vécu ça. Je pense qu’on se ressemble plus dans notre intimité qu’on aime le croire. » Le show dresse d’ailleurs une « ode à l’amitié », qui nous permet de traverser les épreuves.

Tout ça est entrecoupé d’intermèdes traçant des parallèles entre certaines réactions humaines et des comportements qu’on retrouve dans le règne animal : parade nuptiale, mouvement migratoire… Histoire justement de démontrer que certains de nos agissements, loin d’être originaux, ne sont, au final, pas si éloignés de ceux d’autres créatures. « Ces moments apportent une autre perspective sur la vie des personnages, précise la metteure en scène. Ça nous permet de prendre un recul par rapport à notre propre intimité, à nos comportements. »

Selon Ève Landry, son spectacle ne trace surtout pas un portrait générationnel. « Souvent, c’est ma crainte lorsqu’on dit qu’on fait un show où les personnages sont dans la vingtaine. On a tendance à croire que notre génération est à part et que la vingtaine est très déterminée. Alors que des peines d’amour, on en vit à 15, 20, 30, 50 ans. Et ces crises existentielles ne disparaissent pas. La quête de soi est un éternel recommencement. »

La croisière s’amuse?

Valery Drapeau se jette aussi à l’eau au ZH avec une lecture de son propre texte, Les chemises hawaïennes, qui s’intéresse à l’industrie des croisières. Sur un ton « assez tragicomique, absurde », elle explore la difficulté des relations humaines dans ces microcosmes cosmopolites, des « lieux clos, extraits du reste du monde ». Celle qui présentera l’automne prochain sa cocréation Le Kodak de mon arrière-grand-père à la salle intime du théâtre Prospero dévoile l’envers du rêve. Ainsi, le rapport entre des employeurs et des travailleurs qui oeuvreraient souvent dans des conditions difficiles. « Et comment se fait-il qu’encore aujourd’hui, des bateaux de croisière naviguent avec une charge de surconsommation et des habitudes nord-américaines exagérées qui détruisent l’environnement et les villes dans lesquelles ils font escale ? »

À GO, on criss le feu /  Les chemises hawaïennes

Texte : Ève Landry. Mise en scène : Valery Drapeau. Avec Ève Landry, Aline Winant et Marc-Antoine Sinibaldi, le 23 juillet, à la Maison de la culture Maisonneuve. / Auteure scénique : Valery Drapeau. Supervision artistique : Brigitte Poupart. Le 26 juillet, à la Maison de la culture Maisonneuve.