(Ne pas) mourir de rire

Simon Boudreault (à droite) et Laurent Paquin abordent le sujet tabou de la mort dans une comédie à sketchs, présentée au festival Juste pour rire.
Photo: Patrick Lachance Simon Boudreault (à droite) et Laurent Paquin abordent le sujet tabou de la mort dans une comédie à sketchs, présentée au festival Juste pour rire.

Rire face à notre fin inéluctable, voilà une posture qui pourrait être drôlement cathartique. Le comédien et dramaturge Simon Boudreault et l’humoriste Laurent Paquin se « colletaillent » à ce sujet tabou dans une comédie à sketchs, présentée au festival Juste pour rire. Mais se confrontent-ils vraiment à la Faucheuse ? On va tous mourir multiplie surtout une série de situations absurdes, où les rires grinçants ou jaunes sont rares. En fait, le spectacle paraît aussi anodin que son thème est grave. Le tandem a donc pris le parti d’une grande légèreté, soit. Ce ne serait pas un problème, si au moins c’était vraiment drôle…

D’une écriture en manque de finesse, le spectacle n’est généralement pas à la hauteur de ce qu’on était en droit d’espérer de ces deux créateurs. Dans ce menu en dents de scie, on a trop souvent droit à des gags un peu faciles, des chutes qu’on peut voir venir (le numéro « Je vais mourir »), des situations qui s’étirent inutilement (ces survivants d’un accident d’avion), voire à un humour insignifiant, sans surprise.

Les sketchs jouent parfois la carte fantaisiste, comme cette visite de la Mort campée en bureaucrate surchargé. Mais les saynètes absurdes misent un peu trop sur l’incompréhension de personnages niaiseux ou naïfs. Simon Boudreault et Laurent Paquin s’amusent toutefois visiblement à se métamorphoser dans ces figures de tous âges et sexes, des garçonnets chantant l’eulogie d’un cochon d’inde au vieux couple se chicanant sur le sens de « jusqu’à ce que la mort nous sépare ».

Emballage léché

À l’inverse, parfois, du contenu, la production bénéficie d’un emballage très léché avec des projections animées — une conception vidéo de Francis Cloutier. On y voit notamment de drôles de petites séances d’essayage des costumes. Toutes les transitions de ce spectacle bien rodé sont aussi accompagnées par des chansons accordées aux différents sketchs.

Et l’ordonnance du show mis en scène par Serge Denoncourt est habile, finissant en force par des tableaux susceptibles de faire oublier le matériel antérieur plus faible. Comme ces pastiches, qui font sourire : parodie d’un philosophe antique préparant ses dernières paroles pour la postérité ; musical sur l’amour au temps des zombies ; duellistes, façon Monty Python, qui s’affrontent dans un langage médiéval de pacotille…

On va tous mourir nous laisse donc sur une bonne note, qui culmine par le clou de la soirée : cette recréation d’un utérus où cohabitent des jumeaux. Un numéro visuellement amusant (postures des marionnettes et mimiques des comédiens) et à l’écriture plus raffinée, où l’attendrissement le dispute à la drôlerie. Renversant la perspective, la scène dépeint l’orée de la naissance comme une fin : après tout, ces foetus sont sur le point d’être expulsés d’un univers qui constitue tout ce qu’ils connaissent, pour être propulsés dans l’inconnu. Un numéro qui nous fait regretter ce que le spectacle aurait pu être…

On va tous mourir

Auteurs : Simon Boudreault et Laurent Paquin. Mise en scène : Serge Denoncourt. Une présentation du festival Juste pour rire, en association avec Guy Lévesque Productions. Au théâtre Le National, jusqu’au 27 juillet.