«Se prendre», dialogue de rage et de tendresse

<p>«Se prendre» est une oeuvre intimiste et immersive, un duo amoureux qui tient autant de la danse que de l’acrobatie.</p>
Photo: Frédérique Cournoyer Lessard

«Se prendre» est une oeuvre intimiste et immersive, un duo amoureux qui tient autant de la danse que de l’acrobatie.

Claudel Doucet et Cooper Lee Smith se sont rencontrés il y a trois ans à l’École nationale de cirque. Elle, qui s’est produite dans le monde entier, notamment avec le Cirque du Soleil et Les 7 Doigts, donnait un atelier de création auquel lui, originaire de Minneapolis, participait. Ensemble, les deux artistes ont donné naissance à un objet de beauté qui pourrait bien être le spectacle le plus singulier de toute la 10e édition de Montréal complètement cirque.

Se prendre est une oeuvre intimiste et immersive, un duo amoureux qui tient autant de la danse que de l’acrobatie, un parcours in situ fait autant de rage que de tendresse, animé par le désir et la complicité aussi certainement que par le doute et la répulsion. Dès les premières secondes de l’aventure, on est frappés en plein coeur, conquis par l’authenticité de la proposition, émus par le point de vue unique qu’on nous accorde sur elle. Dans un appartement du Mile-End, probablement celui du couple, à tout le moins celui de la fiction, une douzaine de personnes s’apprêtent à assister à une rencontre, un corps-à-corps, celui d’un homme et d’une femme irrésistiblement attirés l’un par l’autre.

S’engage alors une patiente quête d’équilibre, le déploiement d’une captivante gymnastique où le poids est sans cesse renversé, déposé, retenu, soulevé… À cause de la sensibilité avec laquelle elle est exécutée et interprétée, de la beauté des positions adoptées, sans oublier la force et la technique, éblouissantes, cette chorégraphie de main à main est dans une catégorie à part. Au son d’une musique prenante, pendant 70 minutes, du salon à la cour arrière en passant par la salle de bain et la chambre, du plancher au plafond en passant par les murs, les spectateurs, parfois à quelques centimètres seulement des acrobates, observent, bouleversés, les états de corps (et d’amour) du tandem.

Devant la finesse avec laquelle la relation entre les deux personnages est campée, on se remémore le premier spectacle (à domicile) de Félix-Antoine Boutin, pour constater ensuite que l’homme de théâtre a signé la dramaturgie de Se prendre. Devant l’agilité des corps, mais surtout de leur force d’évocation, on pense au travail exceptionnel de la contorsionniste Andréane Leclerc, avec qui, cela va de soi, Claudel Doucet a déjà collaboré. Il faut croire que le talent attire le talent. Avec la lumière, la fumée, quelques objets, le scénographe Étienne René-Constant fait naître des ambiances prégnantes. On sort de cet appartement enchantés, mais surtout déterminés à convaincre ceux qu’on aime de vivre l’expérience.

Se prendre

Création et performance : Claudel Doucet et Cooper Lee Smith. Une production de Lion Lion. Dans un appartement du Mile-End jusqu’au 14 juillet.