«L’embardée»: vérité ou conséquence?

«L’embardée» réunie deux frères aux existences diamétralement opposées.
Photo: Encore Spectacle «L’embardée» réunie deux frères aux existences diamétralement opposées.

Après Intouchables et Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? deux pièces qui tablaient sur le succès colossal d’un film, Encore Spectacle s’aventure ces jours-ci du côté de la création en produisant une comédie noire d’Emmanuel Reichenbach, celui-là même qui avait signé les adaptations des spectacles précédents. Présentée au superbe Carré 150 de Victoriaville (avant de l’être au Zénith de Saint-Eustache en août), L’embardée est mise en scène par Jean-Simon Traversy.

Le huis clos s’appuie sur des ressorts qui ne sont certainement pas neufs : funérailles d’un homme d’affaires apparemment exemplaire ayant trouvé la mort dans un accident de voiture, réunion pour l’occasion de deux frères aux existences diamétralement opposées, sans oublier la présence au salon d’une maîtresse pour le moins déterminée à obtenir sa part du gâteau. Ce qui sauve la mise d’un point de vue dramaturgique, ce qui donne de l’originalité et même de la substance à la joute oratoire que se livrent les trois personnages, c’est la mise en lumière des procédés machiavéliques employés par les bandits « à cravate ». On pense alors à des pièces comme Glengarry Glen Ross de David Mamet et Instructions pour un éventuel gouvernement socialiste… de Michael Mackenzie, mais aussi à un autre texte de Reichenbach, le truculent Sorel-Tracy.

D’abord il y a Maxime (Pierre-François Legendre), conseiller financier, père de famille drogué à la vente, quelles qu’en soient les conséquences. Puis Benjamin (Louis-Olivier Mauffette), son frère, qui peine à joindre les deux bouts, vivotant d’un contrat de rénovation à un autre tout en caressant une carrière de musicien. Quand surgit la mystérieuse Jade (Geneviève Rochette) une heure avant le début de la cérémonie, des informations très compromettantes sous le bras, s’engagent des négociations houleuses, rythmées, cinglantes, drôles sans être hilarantes. Quant aux interventions de Luc Boucher, dans le rôle du croque-mort, elles servent d’abord et avant tout à marquer le passage du temps, à faire monter la tension.

Dans le contexte où il voit le jour, le spectacle est d’une audacieuse sobriété. Il y a bien quelques coups de théâtre attendus, quelques révélations prévisibles, mais de manière générale, on mise davantage sur le dialogue que sur les péripéties, sur les délicates relations entre les personnages que sur les pirouettes. Alors que Reichenbach a choisi d’aborder le prix de la vérité, la valeur de la famille et le coût de la réussite, des subtilités dont le théâtre d’été s’embarrasse rarement, Traversy est au diapason, optant pour la retenue, privilégiant l’humanité, gardant ses comédiens loin de tout cabotinage.

L’embardée

Texte : Emmanuel Reichenbach. Mise en scène : Jean-Simon Traversy. Une production d’Encore Spectacle. Au Carré 150 (Victoriaville) jusqu’au 27 juillet, puis au Zénith (Saint-Eustache) du 1er au 25 août.