«Cache-Cache»: libérer la magie

Les comédiens de la pièce «Cache-cache» jouent avec le public, chantent, dansent et mélangent habilement réel et imaginaire, le tout dans un décor psychédélique.
Photo: Vincenzo d’alto Les comédiens de la pièce «Cache-cache» jouent avec le public, chantent, dansent et mélangent habilement réel et imaginaire, le tout dans un décor psychédélique.

C’est la catastrophe pour la troupe de Magie 2000. Violette (Katherine Céré) s’hypnotise elle-même parce que son « regard ne va pas plus loin que le bout de son nez », Edmond (Félix Lahaye), le grand prestidigitateur, a des problèmes avec son lapin Jean-Poil Boissonneau alors que Jimmy Jim (Jean-Christophe Leblanc), illusionniste et pseudo Houdini, n’arrive plus à se défaire de ses chaînes. Arrive alors Coco (Alexandra Gagné Lavoie) qui tient avec elle le coeur de la magie tant convoité par le « blond et magistral » Danglars (Mattis Savard-Verhoeven).

18 h 30, le ciel est menaçant au-dessus du parc Carlos d’Alcantara dans l’est de Montréal. Le vent souffle à décapiter le chapiteau installé au-dessus de la console de son. Puis, comme par magie, à 19 h, le vent tombe et le soleil apparaît sur la scène de La Roulotte qui amorce avec Cache-Cache sa 67e saison. Ode à la liberté de créer, mais aussi à l’importance de laisser valser l’imagination, le texte de Maxime Champagne regorge de calembours, d’entourloupettes et de courbettes langagières des plus loufoques. Depuis les patois colorés de Jimmy Jim – Notre-Dame-du-Lac-des-Castors en tête – jusqu’aux clins d’oeil à l’histoire et à l’actualité, les dialogues sont une suite ininterrompue de plaisanteries absurdes à nous garder l’esprit bien éveillé. Si certaines réparties plus pointues n’auront peut-être pas toujours su rejoindre les enfants – référence au général de Gaule et à sa célèbre phrase, à la nuit des longs couteaux, etc. — l’essence du propos, la fougue, l’audace et la rigueur des comédiens ont su capter leur attention durant cette petite heure.

Investir le réel

La mise en scène de Justin Laramée contribue à cette énergie folâtre, à cet épivardage théâtral. Sur un décor psychédélique, des costumes kitsch, colorés (signés Philippe Massé), alliant motifs pied-de-poule et paillettes sur fond mauve, les artistes brisent continuellement le 4e mur, jouent avec le public, chantent, dansent et mélangent habilement réel et imaginaire. Alors qu’Edmond teste une baguette magique, il s’étonne de voir apparaître une petite colline au loin, des poteaux bleus, une dame au chandail rouge, des éléments qui font partie du parc ce soir-là. L’improvisation est aussi présente sur l’herbe où les enfants répondent aux boutades.

La roulotte devient par ailleurs partie prenante du spectacle, et même la clé de l’absurde mise en scène. À un moment conduite par le cheval Brenda (Mattis Savard-Verhoeven) – qui, soit dit, fume une carotte – la roulotte reste coincée dans un nid-de-poule. « Je crois qu’on est revenus au parc Carlos d’Alcantara. Maudit sois-tu Montréal ! », lancent les comédiens. Laramée et Champagne réussissent ainsi à transcender le réel avec finesse et beaucoup de folie. Véritable mise en abîme, Cache-Cache est au final un hymne au théâtre, à ces troubadours de la scène qui se renouvellent depuis 67 ans avec toujours autant de magie.

Cache-Cache

Texte : Maxime Champagne. Metteur en scène et accompagnant dramaturgique : Justin Laramée. Distribution : Jean-Christophe Leblanc, Félix Lahaye, Alexandra Gagné Lavoie, Katherine Céré et Mattis Savard-Verhoeven. Présenté dans les parcs de la ville jusqu’au 16 août.