Les Pic-Bois et l’art noble de l’humour niaiseux

Les Pic-Bois ont autoproduit vingt spectacles différents entre l’automne 2017 et mai dernier.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Les Pic-Bois ont autoproduit vingt spectacles différents entre l’automne 2017 et mai dernier.

« C’est malaisant tellement que c’est mauvais », affirme sans trop s’embarrasser de nuance un critique du dimanche, dans la section commentaires, sous un numéro des Pic-Bois mis en ligne sur YouTube. « Toutes les phrases sont [des] instant classic ! » jure plutôt un autre internaute. Polarisant, le duo humoristique formé de Maxime Gervais et Dom Massi ? Pas juste à peu près ! Maxime sourit en entendant certaines des pires méchancetés écrites à son sujet sur le Web rebondir sur les murs de l’Atomic Café (le bureau officieux de nos moineaux dans Hochelaga-Maisonneuve). « On est ben fiers que ce soit tout ou rien avec nous, surtout que ceux qui nous aiment, ils aiment ça pour vrai. »

C’est au secondaire, à Valleyfield, que Gervais et Massi échafaudent leur amitié sur les bases solides d’une fascination commune pour l’univers de Bruno Blanchet, des frères Cohen, des Chick’n Swell, des Monthy Python et des Denis Drolet. Plutôt que de « fumer du weed dans les parcs », la paire filme avec les moyens du bord des sketchs qu’ils font circuler sur cassette. « Tu donnais ça à Carl Hudon [nom fictif], qui lui fumait vraiment beaucoup du weed, pis tout le monde écoutait ça ben battés dans les partys la fin de semaine. »

Plus de vingt ans plus tard, les Pic-Bois occupent toujours en quelque sorte le même espace, celui d’une marge dont les gens cool envient l’irrépressible liberté. À la différence près que c’est maintenant un Mike Ward, par exemple, et non plus Carl Hudon [nom toujours fictif], qui contribue à faire rayonner leurs délires — ils ont participé à certains des plus jubilatoires épisodes de son balado Sous écoute, et récemment assuré sa première partie au Club Soda.

Leur univers abracadabrant, quelque part entre la culture populaire, l’imaginaire du Web et le gros n’importe quoi, n’a pourtant à peu près rien en commun avec celui de l’homme en noir. Anti-humour ? Méta-humour ? Les vingt spectacles différents (!) qu’ils ont autoproduits au théâtre Sainte-Catherine entre l’automne 2017 et mai dernier avaient pour la plupart en commun de déconstruire les mécanismes du comique, en refusant radicalement d’y adhérer, ou en montrant leurs ficelles en gros plan, ou les embrassant avec un zèle frôlant le ridicule. Échantillon de titres : Le Passe-Partout des Pic-Bois, Le cégep en spectacle des Pic-Bois et Le clown-robot des Pic-Bois. Sont-ils ironiques ou sincères, ou les deux en même temps ?, se demande-t-on constamment en leur compagnie.

« Il y a beaucoup de gens qui disent qu’on fait de l’absurde, mais je pense que ce qu’on fait, c’est plus du niaiseux », observe Dom. Du niaiseux, vraiment ? « Oui ! Tsé, ça peut être réfléchi du niaiseux ! Je dis qu’on ne fait pas de l’absurde, parce que l’absurde, c’est surprendre avec une image inusitée. Il y a quelque chose dans l’absurde qui brise le lien avec le réalisme, mais nos personnages, eux, sont joués de façon réaliste. » Un peu comme s’ils ne savaient pas qu’ils se trouvent dans un numéro drôle ? « Oui, c’est ça ! Ils sont très innocents. » Dans tous les sens du terme.

L’humour est un art

Après avoir triomphé pour une ultime fois à Zoofest l’été dernier, les Pic-Bois amorcent ces jours-ci un été aux allures de tournée des grands succès. Ils revisiteront ainsi deux de leur grand cru. En juillet à Juste pour rire : La ligue d’impro des Pic-Bois (créé en 2017), un pastiche des guerres d’ego, des tics de jeu et des enthousiasmes immodérés qui fleurissent sur une glace des ligues mineures de la LNI. Samedi au Minifest : Le Jean-Marc Parent des Pic-Bois, une relecture à la fois admirative et caricaturale de L’heure JMP, qui figure parmi les faits saillants de ce récent marathon de vingt spectacles en vingt mois.

Bien qu’ils ne comptent pas s’imposer à nouveau pareille épreuve, les Pic-Bois n’entendent pas cesser de privilégier la création avant la carrière. Alors que plusieurs de leurs collègues polissent leurs blagues pendant des dizaines, voire des centaines de dates de rodage, le tandem aime à déverser le plus souvent possible son imaginaire surfécond, quitte à moins rentabiliser les créations et, forcément, à passer moins souvent à la banque.

« On ne considère pas encore l’humour à sa juste valeur au Québec, regrette Massi. On le considère beaucoup comme un produit, alors que c’est de l’art ! Moi, je me considère comme un artiste, comme je pense que Maude Landry ou Viriginie Fortin sont des artistes. De grandes artistes. »

Une perception négative qui tend à changer, nuance son comparse. « Quand je sortais au Quai des Brumes [un bar-spectacle du Plateau, parmi les buvettes de choix de l’underground musical] il y a dix ans, je le disais du bout des lèvres que j’étais humoriste. Tout le monde avait en tête l’image de l’humoriste un peu douchebag, un peu tata, qui se saoule tout le temps. On se le fait souvent dire maintenant par les propriétaires de bar où on joue : l’autre génération était ben plus rock. Mais moi, je ne suis pas triste qu’on ait redonné des lettres de noblesse à cet art-là. » Pas si niaiseux, les niaiseux.

Le Jean-Marc Parent des Pic-Bois // La ligue d’impro des Pic-Bois

Le 29 juin au Medley dans le cadre du Minifest // Le 24 juillet au théâtre Jean-Duceppe dans le cadre du Festival Juste pour rire