«Le grand bric-à-brac:» le monde des objets

«Le grand bric-à-brac» situe l’action dans la rue, du moins dans une vente de garage, entourée d’objets.
Photo: Théâtre de la Dame de Cœur «Le grand bric-à-brac» situe l’action dans la rue, du moins dans une vente de garage, entourée d’objets.

Repoussant continuellement les limites du grandiose et/ou du possible scénographique, Richard Blackburn et sa belle bande du Théâtre de la Dame de Coeur offrent cet été un tout nouveau spectacle dans lequel l’englobant et universel thème du changement de règne sert de fil rouge au déploiement visuel, sonore et sensoriel.

Avec Le grand bric-à-brac, on déserte ici l’étang dans lequel baignait Les Géants de l’an passé pour se retrouver à la rue, du moins dans une vente de garage, entouré d’objets. « C’est un spectacle à plusieurs personnages, dans lequel des lampes, tables et autres bibelots de la maison vont tour à tour tenter de comprendre ce qui leur arrive », raconte Richard Blackburn au bout du fil, depuis son quartier général à Upton. Alors que la maison est vide, certains objets soupçonnent les humains de faire le ménage. Mais pourquoi alors la balayeuse est-elle aussi dehors ?

« Chaque personnage a sa petite idée de ce qui se trame, mais ils vont finir par comprendre ce qu’ils font réellement dans la rue. S’ils ne se “déguidinent” pas, à 17 h ils vont tous entrer dans le camion de vidange », explique le directeur général et artistique du Théâtre. « À la fois drôle et dramatique, le spectacle nous permet de traiter de plusieurs choses, de l’émotion des personnages, de leurs perceptions, mais aussi de cette urgence de vivre. Il y a des enjeux dramatiques ici. C’est un combat pour une survie dans lequel certains sont vaniteux, prétentieux parce qu’ils se pensent avantagés par rapport aux autres. Il y a une désolidarisation lorsque chacun veut sauver sa peau », poursuit-il.

Signés Marilyn Perreault, les dialogues viennent épouser le gigantisme du décor et des marionnettes tout en assurant un équilibre entre la réflexion et l’émotion vécue par les spectateurs. « On accorde de plus en plus d’importance au fait que l’histoire se raconte à travers les gens dans la salle, autour et au-dessus d’eux. Il y a des textes, des dialogues, mais aussi ce qu’on ressent quand quelque chose passe près de nous. Au-delà de l’intellect, il y a du ressenti. Ce n’est pas la raison qui accueille ça, c’est le corps, la vibration, la perception. On essaie de déployer un équilibre entre la dramaturgie et les évènements ».

Composter nos doutes

À chaque nouvelle production, le défi pour Richard Blackburn et son équipe — qui créent depuis 43 ans sur ce site rural — est de se renouveler, de repousser les frontières de la surdimension tout en parvenant à rejoindre petits et grands à la fois. « Il faut d’abord éviter les idées qui nous font piétiner ou reculer. Et, vraiment, mettre sur la table, dès le démarrage, quelle sorte d’ADN on cherche pour s’éclater. Se mettre en situation dans les ressentis pour aller chercher des images neuves. Chacun des cinq scénaristes, dont je fais partie, représente 20 % du public. On a 5 perceptions différentes, mais l’idée, ce n’est pas de faire des compromis. À chaque fois que quelqu’un dans l’équipe a le 20 % douteux, on composte nos doutes. À ce moment-là, ça nous permet d’aller plus loin, de faire pousser autre chose à partir du ça. C’est ainsi qu’on réussit à se renouveler. Tous les spectacles sont différents, en fonctionnant de cette façon-là ».

À quelques jours de la première, la fébrilité et le bonheur d’offrir ce gigantisme sont palpables dans la voix de Richard Blackburn. « Si on est encore vivant en 2019, de bonne humeur, accueilli par un public généreux qui vient nous voir, c’est parce qu’on fait vivre une expérience culturelle singulière aux gens. Cette distinction d’offrir la différence franche — pas du cinéma, pas de la scène à l’italienne, pas du cirque — permet en plus au public de découvrir cet univers en temps réel à 180 degrés, à travers, autour et au-dessus d’eux. C’est le grand avantage de notre médium. Depuis nos débuts, ça a toujours été notre créneau, mais plus ça va, plus on va loin dans cet éclatement scénographique. »

Le succès remporté par leur dernière production — Les géants de l’étang — est ainsi redevable, selon le grand manitou du théâtre de marionnettes géantes, à la réponse du public présent. « Le spectacle a été vu par 55 000 personnes. Pour un travail de création. Je ne veux pas me caricaturer plus qu’il ne faut, mais on est quand même perdus dans un champ de blé d’Inde entourés de porcheries… On est perpétuellement à découvrir. Même après plus de 40 ans, il y a des gens qui ne nous connaissent pas ». Et, c’est justement ce site, ce lieu physique situé au confluent des rivières Duncan et Noire en Montérégie qui a permis à Blackburn et à ses amis de se développer ainsi depuis les années 1970. Il affirme d’ailleurs que la chose aurait été différente s’il était resté à Montréal. « C’est ce qui fait qu’on a cheminé, qu’on a laissé tomber le psychologique pour flyer avec l’allégorie et la métaphore. C’est la nature qui nous a amenés là ». Et elle vous attend, beau temps mauvais temps, du 26 juin au 17 août.

Le grand bric-à-brac

Scénarisation : Richard Blackburn, René Charbonneau, Élise Lessard-Mercier, Yves Simard, Carl Veilleux. Dialogues : Marilyn Perreault. Musique : Alain Blais. Une production du Théâtre de la Dame de Coeur, présentée dès le 26 juin 2019.