«Au-delà des échos»: les échos d’un autre temps

Le spectacle multimédia de 60 minutes est présenté comme un «voyage à travers l’espace et le temps».
Photo: PY1 Le spectacle multimédia de 60 minutes est présenté comme un «voyage à travers l’espace et le temps».

En marchant vers le Quai de l’Horloge, on constate que le Vieux-Port de Montréal est en train de se transformer lentement mais sûrement en parc d’attractions. Après les parcours à obstacles aériens, les labyrinthes, les surfaces d’escalade, les jeux d’évasion et les tyroliennes urbaines, sans oublier l’emblématique grande roue, le secteur se dote de PY1, « un terrain de jeu unique pour la présentation de spectacles et d’événements spéciaux plongeant le visiteur au coeur d’univers multimédias époustouflants ».

La salle nomade et modulaire créée par Guy Laliberté et l’équipe de Lune Rouge Entertainment accueille ces jours-ci son premier spectacle, Au-delà des échos, une « odyssée numérique et onirique » mise en scène par Gabriel Coutu-Dumont, qui a notamment conçu des environnements vidéo pour les concerts de Katy Perry, Taylor Swift, Pink, Rihanna et Justin Timberlake.

Présenté comme un « voyage à travers l’espace et le temps », le spectacle multimédia de 60 minutes, auquel on peut assister debout ou assis (bancs et coussins ont été prévus), est ponctué par les propos (en anglais) d’Alan Watts, philosophe anglo-américain autodidacte, passionné de religions orientales, mort en 1973. Les sous-titres venant parasiter les projections, on regrette cruellement l’absence d’une narration en français.

 
Froid et vieillot

Alors que l’expérience se veut « multisensorielle » et « hautement immersive », qu’elle s’appuie sur des outils numériques à la fine pointe de la technologie, il s’en dégage quelque chose de froid et d’étrangement vieillot. D’abord parce que les valeurs qui la sous-tendent, aussi nobles soit-elles, paraissent figées dans les années 1960 et 1970, jamais conjuguées au présent. Ensuite parce que le fil narratif est d’une telle minceur que la représentation s’en trouve dépourvue d’humanité, privée d’affects, incapable de susciter l’empathie qui serait nécessaire à l’adhésion du spectateur.

Finalement, venant enfoncer le clou, l’esthétique retenue juxtapose des animations cosmogoniques et moléculaires, des visions nouvelâgistes qui semblent nourries par les métaphores ésotériques de Watts, tout cela balayé d’innombrables faisceaux de rayons laser. Laisse aussi perplexe la représentation de notre planète au centre de la pyramide, sphère enfumée qui menace à tout instant d’exploser. En ce qui concerne la musique, on a droit à du rock générique, des rythmes autochtones, de l’électro édulcorée, des chants sacrés et même au très usé Imagine de John Lennon.

Soyons clairs : si le contenu est fort décevant, le contenant a certainement de l’avenir. Avec ses projections sur 360° et sa qualité sonore impressionnante, la salle aura à n’en pas douter beaucoup de succès au rayon des événements festifs et corporatifs. En ce qui concerne l’art, il faudra attendre le prochain chapitre.

Au-delà des échos

Imaginé par Guy Laliberté et conçu par Gabriel Coutu-Dumont. Une production de Lune Rouge Entertainment. Au PY1, situé au Quai de l’Horloge du Vieux-Port de Montréal, jusqu’au 29 septembre. En anglais avec sous-titres français.