«This Time Will Be Different»: pour que la mémoire demeure

Dans l’installation-performance «This Time Will Be Different», on verra des enfants déchirer les 600 pages du rapport «Vérité et réconciliation».
Photo: Adrian Morillo Dans l’installation-performance «This Time Will Be Different», on verra des enfants déchirer les 600 pages du rapport «Vérité et réconciliation».

Crie de Mistissini, l’artiste Glenna Matoush est une survivante des pensionnats autochtones. C’est autour d’elle que s’est construite l’installation This Time Will Be Different, que les performeuses Émilie Monnet et Lara Kramer présentent au Festival TransAmériques. Mais Glenna Matoush, qui a aujourd’hui 74 ans, en sera absente, parce qu’elle est à l’hôpital. Ses petits-enfants, héritiers de la tradition, seront néanmoins sur scène avec les performeuses.

« On sera trois générations sur scène affectées par les pensionnats », dit Émilie Monnet en entrevue.

L’installation-performance, qui est en fait une cérémonie intergénérationnelle, compte entre autres des conversations enregistrées entre les performeuses et des membres de leur communauté. Cet aspect de l’oeuvre est important, lorsqu’on sait que l’expérience des pensionnats a longtemps été tenue secrète dans les communautés.

On verra aussi des enfants déchirer les 600 pages du rapport Vérité et réconciliation. Ce rapport, terminé en 2015, concluait les audiences tenues par la commission du même nom à travers le Canada. Ces audiences visaient à faire connaître aux Canadiens cet épisode très douloureux de l’histoire autochtone. Or, cette connaissance de l’histoire des peuples autochtones demeure défaillante au Canada, selon Émilie Monnet.

On sera trois générations sur scène affectées par les pensionnats 

Officiellement, la Commission Vérité et réconciliation devait également poser les jalons d’une réconciliation entre les peuples autochtones et le reste des Canadiens. Pour les créatrices de This Time Will Be Different, le gouvernement canadien met trop de temps à mettre en oeuvre les recommandations de ce rapport.

Déjà, en 1996, rappelle Émilie Monnet, la Commission royale sur les peuples autochtones, créée dans la foulée de la crise d’Oka, faisait une série de recommandations que le gouvernement canadien a tardé à mettre en place. « Il y a eu 20 ans entre les deux rapports. Qu’est-ce qui a changé en 20 ans ? » demande-t-elle.

Au moment où la performance This Time Will Be Different est présentée, un autre rapport, celui de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones assassinées et disparues, sera également déposé à Ottawa. « On a l’impression que les choses vont de mieux en mieux, mais c’est surtout par rapport au discours sur la réconciliation, dit Émilie Monnet. Dans les faits, si on regarde les statistiques sur l’incarcération des Autochtones ou le nombre d’enfants autochtones dans les services de protection de la jeunesse, c’est toujours en hausse. Il y a plus d’enfants autochtones dans le système de protection de la jeunesse qu’il y en a eu dans toute l’histoire des pensionnats. »

Pour Émilie Monnet, l’absence sur scène de Glenna Matoush illustre, d’une certaine façon, le fait que les gardiens de la mémoire autochtone et les survivants des pensionnats disparaissent les uns après les autres. Et que toute leur histoire pourrait être oubliée si on tarde trop à la faire connaître.

This Time Will Be Different

Du 1er au 4 juin 2019. Au studio Hydro-Québec du Monument- National.