«Tous des oiseaux»: le choc des identités

<em>Tous des oiseaux</em> est au théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 27 mai. Et le 3 juin au Grand Théâtre de Québec.
Photo: Simon Gosselin Tous des oiseaux est au théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 27 mai. Et le 3 juin au Grand Théâtre de Québec.

Le spectacle-fleuve qui lance le FTA, Tous des oiseaux, baigne à fond dans des thématiques qui agitent notre monde : ces identités de groupe, si rigides et pourtant aléatoires, sur lesquelles on se campe de plus en plus. Ces haines quasi ataviques.

Dans cette production de l’institution parisienne que Wajdi Mouawad dirige, le Théâtre de La Colline, on reconnaît les thèmes fondamentaux de l’auteur d’Incendies, quête des origines et bouleversant secret familial à la clé. Même si, traduction en sous-titres oblige de ce récit multilingue qui adopte l’idiome des personnages ou l’anglais unificateur, on reconnaît moins sa langue. L’écriture semble ici déployer une brutalité moins transcendée par le lyrisme.

Tous des oiseaux illustre l’impact de l’Histoire et du conflit israélo-palestinien sur la romance — déjà improbable — entre un jeune nerd juif et une doctorante en histoire. Lors d’un séjour, troublé par un attentat, du couple en Israël, Wahida se voit renvoyée à une identité arabe qu’elle avait choisi d’ignorer. Elle qui jusqu’ici avait été surtout définie par sa beauté (la pauvre est souvent traitée comme un morceau de viande, jusqu’au malaise).

Ce Roméo et Juliette revisité est d’abord livré dans une séduisante narration souple, qui traverse prestement temps et lieux. Même si, pour ma part, on ne peut pas dire que le couple convainc vraiment. L’intérêt tient plutôt à ce que cette relation provoque. Notamment la résistance de la famille judéo-allemande, descendante d’un rescapé des camps, d’Eitan. Est-on le dépositaire des souffrances, des combats, des haines des générations précédentes ? L’amour est-il plus important que la fidélité à son identité de groupe, voire que la vérité sur nos origines ? Dans une scène de confrontation d’une puissance nucléaire, le jeune généticien refuse ce déterminisme identitaire.

 
À travers sa belle métaphore aviaire, la pièce fait aussi rêver à la liberté d’une faculté de mutation, permettant de découvrir des mondes qu’on n’imaginait pas

Hanté par ces questions fortes, se tissant en échos dans le récit, le spectacle est à la fois riche, puissant, mais avec un sens de la théâtralité ne craignant pas parfois l’outrancier. Wajdi Mouawad fait se confronter violemment des positions très campées. Si bien que plusieurs personnages présentent un côté unidimensionnel, comme la caricaturale mère allemande (incarnée par la fabuleuse Leora Rivlin, la grand-mère à la lucidité désillusionnée est par contre irrésistible). Sans dévoiler le punch, le personnage trop enfermé dans sa vision du monde finit d’ailleurs par s’y briser.

À ces identités braquées, Tous des oiseaux paraît opposer l’intrigante figure historique de Hassan Ibn Muhamed el Wazzân et son espèce de fluidité identitaire. À travers sa belle métaphore aviaire, la pièce fait aussi rêver à la liberté d’une faculté de mutation, permettant de découvrir des mondes qu’on n’imaginait pas. La conclusion, franchement remuante, nous renvoie plutôt au tragique réel. Le déchirement d’Eitan (vibrant Jérémie Galiana), c’est aussi celui de toute une région, marquée par un insoluble conflit.

Tous des oiseaux

Texte et mise en scène : Wajdi Mouawad. Dramaturgie : Charlotte Farcet. Avec Jalal Altawil, Jérémie Galiana, Nelly Lawson, Victor de Oliveira, Leora Rivlin, Judith Rosmair, Darya Sheizaf, Rafael Tabor et Raphael Weinstock. Un spectacle de La Colline – théâtre national. Au théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 27 mai. Et le 3 juin au Grand Théâtre de Québec.