«La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé»: secrets de famille

L’action de la pièce se déroule entièrement dans la salle de thanatopraxie, reproduite dans un décor essentiellement réaliste.
Photo: Yves Renaud L’action de la pièce se déroule entièrement dans la salle de thanatopraxie, reproduite dans un décor essentiellement réaliste.

Après deux pièces à caractère historique (Christine, la reine garçon et La divine illusion), Michel Marc Bouchard renoue avec le contemporain, le Lac-Saint-Jean et les intrigues familiales troubles. Pour cette huitième collaboration avec le metteur en scène Serge Denoncourt, Bouchard retrouve des thèmes qui lui sont chers (l’exil, les secrets familiaux, la petitesse intellectuelle et géographique de la région) et une structure qui n’est pas sans rappeler Le chemin des Passes-Dangereuses et Les muses orphelines.

La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé tourne autour du retour dans son village natal de Mireille Larouche, célèbre thanatopractrice, après le décès de sa mère. Avec elle se trouvent ses trois frères (Julien, l’aîné, Denis, le cadet, et Éliot, le benjamin), Chantal, la femme de l’aîné, et Mégane, une jeune thanatopractrice qui l’assiste.

La pièce est construite comme un mystère à la clé : que s’est-il passé lors de la fameuse nuit impliquant Laurier Gaudreault (un voisin des Larouche) et qu’est-il arrivé au moment de la mort de la mère ? Ménageant quelques fausses pistes et revirements de situation, le texte réussit à surprendre au détour, malgré une finale trop explicative qui gagnerait à garder ses zones d’ombre.

Bouchard poursuit dans la veine d’un théâtre psychologique : on y retrouve des types qui lui sont familiers (la « fratrie » comporte un colérique, un jeune insouciant, un autre plus rationnel, etc.), mais qu’il exploite avec justesse.

L’auteur construit néanmoins des personnages complexes, entiers, à qui il donne une profondeur parfois insoupçonnée ; même Chantal, sous ses couverts de « pitoune de région », laisse poindre une humanité surprenante. En revanche, le pauvre Éliot reste une caricature du début à la fin, utilisée uniquement comme comic relief. C’est d’ailleurs avec lui que le mélange des tons qu’emploie Bouchard prend moins bien, surtout dans les derniers moments de la pièce.

Pour se renouveler, Bouchard confronte ses personnages à la mort de manière plus frontale en faisant de la préparation du corps de la mère l’action principale, à laquelle participeront tous les membres de la famille. C’est dans cet apprivoisement de la mort (et des rites qui lui sont associés) que se trouvent les moments les plus forts du texte.

Dans le rôle potentiellement casse-cou de Mireille, Julie LeBreton joue avec une justesse désarmante. Face à elle, le reste de la distribution (qui inclut notamment Éric Bruneau, Patrick Hivon et Magalie Lépine-Blondeau) plonge à bras-le-corps dans la colère sourde, l’incompréhension et le malaise que suscitent la mort, les révélations familiales, mais aussi toute une société en perte de repères.

La mise en scène de Denoncourt, plutôt sobre, s’efface derrière le texte de Bouchard. L’action se déroule entièrement dans la salle de thanatopraxie, reproduite dans un décor essentiellement réaliste, exception faite des arbres dont on voit la cime en fond de scène. Si l’utilisation de quelques accessoires illustratifs (notamment le ballon rouge) apporte peu à la compréhension du texte (déjà limpide), le choix de confronter aussi les spectateurs à la mort en posant le cadavre de la mère sur scène est autrement plus puissant.

On ressort ainsi de cette nouvelle création de Michel Marc Bouchard moins ému par le drame familial qu’invité à questionner notre propre approche de la mort.

La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé

Texte : Michel Marc Bouchard. Mise en scène : Serge Denoncourt. Au Théâtre du Nouveau Monde du 14 mai au 8 juin 2019.