Un théâtre au cœur de son quartier

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
La pièce était jouée par six comédiens professionnels, mais également, chose originale, par vingt citoyens du quartier.
Photo: Gabrielle Desmarchais La pièce était jouée par six comédiens professionnels, mais également, chose originale, par vingt citoyens du quartier.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis 2015, le théâtre Espace libre, situé au cœur du quartier Sainte-Marie de Montréal, a développé un projet de participation citoyenne, qui fait de ce lieu un espace de création artistique connecté sur le quartier. Ce projet lui a valu le prix Andrée-Daigle 2018.

À l’occasion du 375e anniversaire de Montréal, le théâtre Espace libre présentait la pièce Camillien Houde, « le p’tit gars de Sainte-Marie ». La pièce, reprise à l’automne 2018, était jouée par six comédiens professionnels, mais également, chose originale, par vingt citoyens du quartier. Cette pièce faisait partie d’une série de quatre appelée Spectacles de quartier, dans lesquels, chaque fois, les citoyens étaient invités à participer.

« Nous avons sélectionné des gens du quartier et nous leur avons donné des cours de théâtre pour bien les préparer aux pièces dans lesquelles ils allaient jouer », raconte Geoffrey Gaquère, directeur artistique et codirecteur du théâtre Espace libre.

Cette initiative fait partie d’un projet artistique original. « On s’est demandé comment un théâtre, par l’excellence artistique, pouvait répondre au vivre-ensemble, indique M. Gaquère. À la suite de cette réflexion, on a développé un projet qui repose sur trois axes. Le premier, proposer des spectacles avec des thèmes humanistes, le deuxième, programmer des spectacles qui reflètent la diversité culturelle et de genre et, enfin, faire une place aux gens du quartier. »

Comité spectateurs

Autre initiative du théâtre, le comité spectateurs. Chaque année, celui-ci offre à une quinzaine de citoyens du quartier une entrée gratuite aux pièces présentées. « Pour y participer, les gens doivent d’abord répondre à un questionnaire de motivation, dit M. Gaquère. Nous procédons ensuite à une sélection en portant attention aux citoyens intéressés par la culture mais qui ont rarement été au théâtre, voire jamais. »

À chaque présentation d’une pièce, ces gens sont invités à souper avant le spectacle. « Ils peuvent alors rencontrer les acteurs et discuter avec eux de la pièce, poursuit M. Gaquère. Après la représentation, ils sont aussi invités à faire part de leurs impressions et discuter du thème du spectacle. »

Espace libre organise par ailleurs des ateliers de médiation culturelle. En février 2018 par exemple, des nouveaux arrivants, encadrés par deux metteurs en scène, ont présenté un spectacle original (intitulé Racines) issu du fruit de leur parole et de leur mémoire.

Enfin, dans un souci de rendre le théâtre accessible aux citoyens du quartier, Espace libre offre le tarif voisin aux gens dont le code postal est le H2K. Ils bénéficient d’un tarif spécial à 22 $ alors que le tarif normal est de 35 $. « Grâce à toutes ces initiatives, la fréquentation de notre lieu est à la hausse », se réjouit M. Gaquère.

En décernant le prix Andrée- Daigle à l’Espace libre, le jury a voulu récompenser ce projet de participation citoyenne qui « favorise l’inclusion, l’accessibilité aux arts et à la culture ainsi que la démocratisation du théâtre expérimental ».