Philippe Lambert saisit les rênes de La Licorne

Philippe Lambert dévoilait lundi, devant un parterre d’abonnés et de journalistes, la 39e saison de La Licorne, un théâtre qui se veut «rassembleur, inclusif, vivant et audacieux».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Philippe Lambert dévoilait lundi, devant un parterre d’abonnés et de journalistes, la 39e saison de La Licorne, un théâtre qui se veut «rassembleur, inclusif, vivant et audacieux».

Philippe Lambert, le nouveau directeur artistique et général de La Licorne, mais aussi de La Manufacture, la compagnie qui assure la direction artistique du lieu, succède ces jours-ci officiellement à Denis Bernard, qui était en poste depuis 2009.

Celui qui était adjoint à la direction artistique depuis 2007 reconnaît qu’on l’a notamment choisi par souci de continuité : « Certains diront que j’avais une longueur d’avance, mais c’était un couteau à double tranchant. Je n’ai jamais rien tenu pour acquis. Ce que j’ai exprimé pendant l’entrevue corroborait certainement une vision déjà existante, répondait à des besoins, respectait les fondements, mais je ne me suis pas empêché pour autant d’émettre des idées qui vont ailleurs, des propositions qui ont spontanément déclenché des échanges fertiles entre les membres du comité. »

Mettre en scène… un théâtre

Depuis qu’il a terminé sa formation en interprétation à l’École nationale de théâtre en 1996, Philippe Lambert a signé tout près d’une trentaine de mises en scène : « La fonction de directeur artistique s’inscrit à mon sens dans la continuité logique de celle de metteur en scène. Ça consiste en quelque sorte à mettre en scène un théâtre, c’est-à-dire à chapeauter un ensemble de paramètres, à adopter une vision englobante sur un organisme qui compte plusieurs éléments, à gérer des équipes et des idées, à provoquer des associations entre les créateurs et les textes… »

Dans cette tâche délicate, les notions de pluralité et d’équilibre, d’équité et d’inclusion sont certainement cruciales. À notre époque, par exemple, concevoir une saison sans se poser la question de la diversité semblerait à tout le moins saugrenu.

À ce chapitre, Philippe Lambert estime que le plus important est de faire des pas, même petits : « À vrai dire, il faut rompre avec nos réflexes, chercher ailleurs et davantage. Pour favoriser la découverte, créer des liens, provoquer des rencontres, ouvrir de nouvelles avenues, j’ai décidé d’offrir, chaque saison, une carte blanche à un artiste issu de la diversité. Je veux les connaître, vraiment, c’est-à-dire les côtoyer, se familiariser avec leurs manières de travailler, de discuter, de réfléchir. » La saison prochaine, c’est Abdelghafour Elaaziz, le comédien d’origine marocaine qu’on a notamment pu voir dans Besbouss, autopsie d’unrévolté, une pièce de Stéphane Brulotte mise en scène par Dominic Champagne au Quat’Sous en 2014, qui aura droit à La Petite Licorne pendant trois jours de laboratoire qui se concluront par une présentation publique.

Sur la même lancée

Héritant d’un théâtre en santé, financièrement aussi bien qu’artistiquement, une maison qui échappe aux crises identitaires que d’autres traversent ou ont récemment traversées, l’homme ne cache pas sa joie : « Voilà bien pourquoi j’ai l’intention de continuer sur cette lancée. Mon apport personnel à La Licorne, c’est seulement à force de programmations qu’il va se préciser. Je ne peux pas vous dire dès aujourd’hui ce que je ferai exactement dans les années à venir, mais il y aura des gestes, des actions concrètes qui vont me ressembler. »

Alors qu’on associe beaucoup La Licorne aux dramaturgies anglo-saxonnes (la prochaine saison fera entendre le Britannique Dennis Kelly, l’Américaine Jennifer Haley et l’Écossais David Greig) et à la création québécoise (les auteurs d’ici, à commencer par celles et ceux qui sont en résidence, occupent ces dernières années la très grande majorité des créneaux), Philippe Lambert avoue qu’il a l’oeil sur ce qui se passe en Catalogne : « J’ai trouvé en Ricard Soler Mallol un véritable interlocuteur. Metteur en scène né à Barcelone, diplômé de la maîtrise en théâtre de l’UQAM, il est à même de me donner accès à une dramaturgie qui me serait autrement inatteignable. » Un premier spectacle issu de cette alliance pourrait bien voir le jour au cours de la saison 2020-2021.

Une nouvelle complice

Son ancien poste, celui d’adjoint à la direction artistique, Philippe Lambert a choisi de le confier à l’autrice et comédienne Pascale Renaud-Hébert, diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 2014.

« C’est le premier geste que j’ai fait comme directeur artistique. Après avoir vu L’art de la chute, que nous avons présentée en septembre, et avoir lu Hope Town, qui prendra l’affiche cette saison, j’ai su qu’elle avait tout ce qu’il faut pour occuper cette fonction importante. Je suis très heureux qu’elle ait accepté mon offre. J’ai le sentiment que nous commençons ensemble un véritable cycle, une période au cours de laquelle nous contribuerons à soutenir l’émergence de nouvelles écritures. »

Une 39e saison pour La Licorne

Philippe Lambert dévoilait lundi à La Tulipe, devant un parterre d’abonnés et de journalistes, la 39e saison de La Licorne, un théâtre qui se veut « rassembleur, inclusif, vivant et audacieux ». Alors que Denis Bernard a fait appel à Marilyn Castonguay pour interpréter Les filles et les garçons, de Dennis Kelly, Édith Patenaude dirige Guylaine Tremblay dans Les étés souterrains, de Steve Gagnon. Comme pour offrir un contrepoint à ces deux solos, Lambert orchestre un happening théâtral intitulé Qui parle ? Une foule de textes, parfois écrits le jour même, deux acteurs différents chaque soir et un musicien sur scène. Qu’implique le fait de prendre la parole ? Quelle est sa valeur alors que chacun a une opinion et une tribune pour l’exprimer ? François Archambault, Simon Boudreault, Rébecca Deraspe, Jean-Philippe Lehoux, Ines Talbi et Pierre-Michel Tremblay apporteront des éléments de réponse. Parmi les neuf productions accueillies dans les deux salles, on attend impatiemment Tout inclus, un théâtre documentaire sur les « maisons de vieux » mis en scène par Alexandre Fecteau, Sissi, la nouvelle pièce de Nathalie Doummar, et Nmihtaqs Sqotewamqol – La cendre de ses os, une création de Dave Jenniss.