Petits bonheurs: de sons et de sens

Une scène de «Sous la feuille»
Photo: Stéphane Bourgeois Une scène de «Sous la feuille»

Depuis le cocon douillet et sécurisant d’une tente en plein cœur de la forêt jusqu’aux bruits émis par les arbres en passant par l’expérience plurisensorielle vécue par un protagoniste solitaire et le monde magique créé à partir d’un simple cordage, le festival Petits bonheurs a su en mettre plein les sens aux enfants.

Sur une scène toute noire, une corde manipulée à six mains tisse une histoire à la fois tendre et amusante. Celle d’un petit qui délaisse un instant sa maman pour aller vivre mille et une aventures. Bout à bout, créée par la compagnie française Le Clan des Songes, est un hymne à l’imaginaire. Présenté dans un décor épuré, n’offrant pour objet qu’une corde qui se métamorphose au gré des rencontres faites par le petit personnage, le spectacle sans paroles s’appuie sur un visuel poétique, magique et un fil narratif très fort que les enfants ont suivi avec assiduité. « J’espère que sa maman va revenir ! », lance une fillette alors que, sur scène, le bout de corde est manifestement bousculé par deux plus grands. Les enfants ont ainsi participé avec enthousiasme à toute la poésie qui se déroulait devant eux, se pressant de dire haut et fort ce qu’ils voyaient. Tantôt lunette, lutteur sumo, voiture, chat ou encore canard, le cordage, manipulé avec une fluidité remarquable par les trois comédiens, prend forme comme par magie, se dévoile sous nos yeux ébahis. Fait avec peu de moyens, mais beaucoup de créativité, Bout à bout s’inscrit dans ces pièces incontournables.

Sandy Bessette et ses complices ont pour leur part offert avec De doigts et de pieds une aventure sensorielle alliant avec grâce musique, danse et théâtralité. BonHomme (Simon Fournier), bien installé devant ses cubes de bois, se laisse tout à coup porter par son imaginaire. Cinq danseuses prennent part à cette envolée en simulant différents décors. Tantôt vagues, arbres ou glaces, elles portent littéralement sur elles ce bonhomme, jouent avec lui.

Aussi sans paroles, sinon quelques « hey » lancés ici et là, le spectacle est enveloppé d’un éclairage feutré et d’une musique qui bat au rythme des aventures vécues par le héros. La force physique des danseuses et du danseur se double d’une fluidité de mouvement qui fait la beauté de la représentation. Parce que si les différents tableaux n’ont pas tous été compris par les petits pourtant bien attentifs, sages et silencieux, force est de constater que la magie de la danse a opéré.

Immersion au cœur de la nature

Un homme (Josué Beaucage), agenouillé sous une immense feuille de chêne, prépare un herbier pendant que les spectateurs sont accueillis sous des tentes, installés sur des peaux avec de la fourrure. Dans ce cocon douillet prend vie Sous la feuille, cette histoire entre l’Homme et la nature, sa place au cœur de l’immensité. « Un jour, je regardais la terre de très loin », lance le comédien pour ensuite créer un effet de zoom sur la terre jusqu’à cette feuille qu’il tient entre les mains. « C’est à ce moment que j’ai compris que j’étais minuscule ».

Tout au long de ce 40 minutes, Beaucage, accompagné d’Ariane Voineau, invite les bambins à contempler les alentours, à être attentifs à l’écho ambiant. Alliant jeux d’ombre, musique, chant et danse, le spectacle met en lumière les contrastes entre grand et petit en jouant sur les proportions. Les tentes sous lesquelles sont assis les enfants sont notamment reproduites en miniature sur la scène. Malgré un fil narratif plus ou moins réussi, un manque de théâtralité et d’effet de sens dans le jeu des comédiens, les bambins ont accueilli en silence cette ode à la terre.

Enfin, toujours sur le thème de la nature, Emmanuelle Lizère, du projet Tigouli, invite les marmots à prendre part à un univers organique avec son spectacle musical et sensoriel Arbres. Avant d’entrer dans la salle, la musicienne accueille les enfants en chantant puis leur demande si leurs oreilles sont réveillées. La suite sera une ribambelle de notes, de chants, de sons reproduisant les bruits de la forêt. Ainsi, violoncelle et tar se mêlent aux sons que font les feuilles d’automne craquant sous la mainet de cocottes de pin frottées l’une contre l’autre, offrant, en somme, un bouquet musical. Se déplaçant autour des petits bien assis sur un tapis qui imite des feuilles, la musicienne et son acolyte Elham Manouchehri ont offert une communication visuelle et musicale à laquelle les petits ont répondu avec grand intérêt. La force de Tigouli tient à cette douceur et à ce respect de l’intelligence des enfants.

 

Bout à bout
Scénario, mise en scène et création de Marina Montefusco, Erwan Costadau et Magali Esteban. Une production du Clan des Songes.

 

De doigts et de pied
Mise en scène de Sandy Bessette, créée et interprétée par Élise Bergeron, Sandy Bessette, Geneviève Bolla, Simon Fournier, Angélique Poulin et Jessica Viau. Une production de La marche du crabe.

 

Sous la feuille
Idéation, création et interprétation d’Ariane Voineau et Josué Beaucage

 

Arbres
Conception et interprétation d’Emmanuelle Lizère. Une production du projet Tigouli.