L’humour à la manière Catherine Ethier

Catherine Ethier présente son spectacle «S'asseoir sur un sabre, doucement» dans le cadre du Dr Mobilo Aquafest.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Catherine Ethier présente son spectacle «S'asseoir sur un sabre, doucement» dans le cadre du Dr Mobilo Aquafest.

Lors d’un récent tournage, un réalisateur « qui ne se prenait vraiment pas pour un 7up flat » formule une très étonnante requête à Catherine Ethier : « On aimerait que tu nous fasses du Catherine Ethier ! » Réaction de la principale concernée : « Ben, ben… c’est parce que c’est moé, Catherine Ethier ! Je ne peux pas faire autre chose que du Catherine Ethier. »

Malgré l’attitude péremptoire de ce (pas si) sympathique personnage, il y avait néanmoins, dans cette demande absurde, de quoi se réjouir : il existe désormais dans l’imaginaire collectif un ton Catherine Ethier, quelque part entre celui d’une courtisane à Versailles et d’une commère de Michel Tremblay. Et il suffit habituellement de quelques phrases pour reconnaître ce mélange de figures de style abracadabrantes, de références burlesques à la culture populaire, d’élégantes insolences et d’anglicismes surannés (pantry !) que tricote chaque vendredi la chroniqueuse à Gravel le matin, sur ICI Première.

« Des fois, j’ai des TOC sur des mots. Je me souviens que le mot grappa existe et je l’emploie dans chacune de mes chroniques pendant un mois », explique celle qui, ce soir, transporte son univers à la scène avec son spectacle S’asseoir sur un sabre, doucement, présenté pendant cette célébration de l’humour alternatif qu’est le Dr Mobilo Aquafest (se déroulant jusqu’au 11 mai). Bien qu’il s’agisse de son premier tour de piste en solo, la communicatrice de 38 ans participe depuis quelques années à divers cabarets comiques, avec la modeste envie de déployer ses ailes ailleurs qu’à la radio ou à l’écrit, mais pas forcément avec celle de « conquérir Vegas » non plus.

« J’ai des petits mots chéris que je découvre et que je chouchoute », poursuit-elle au sujet de ses arabesques langagières. « Ça me fait plaisir de donner beaucoup de prétention à des mots qui n’en ont pas. »

Au sommet d’une montagne en kilt

Après des études en biochimie, Catherine Ethier comprend que sa vie se résumera « à piquer des souris dans les yeux » si elle s’engage pour de bon dans cette voie. Voilà du moins la blague qu’elle offre afin d’expliquer ses louvoiements professionnels, en s’empressant de préciser qu’elle sait pertinemment que l’emploi du temps d’un biochimiste n’est pas aussi élémentaire.

Elle se tourne donc vers les communications et la publicité, signe des saynètes visant à vendre des camions ou des cellulaires, puis séjourne deux ans derrière le clavier du site enVedette.ca, où elle sublime des potins farfelus en microfictions délirantes. Elle coanime de 2008 à 2012 KWAD9.ca, une webtélé pour adolescents essentiellement légère, mais qui lui permettra de prendre la mesure de la responsabilité qui échoit sur les épaules de qui fait retentir sa parole dans l’espace public.

C’est ben le fun d’être écoutée, regardée, admirée, bécotée, mais quand on a la chance d’avoir une tribune, il faut aussi déranger

 

Si bien qu’une éloquente indignation pulse aujourd’hui derrière les paillettes des plus mémorables chroniques sociofantaisistes de Catherine Ethier — ses diatribes inspirées du quotidien éreintant des infirmières en témoignent.

« C’est ben le fun d’être écoutée, regardée, admirée, bécotée, mais quand on a la chance d’avoir une tribune, il faut aussi déranger. Après ça, on n’est pas obligée de monter au sommet d’une montagne en kilt avec la moitié de la face peinte en bleu ; ce n’est pas des grands risques que je prends. Je ne maîtrise aucun sujet, mais j’ai pris l’habitude de lire, de me documenter. C’est mon devoir de taper sur certains clous. »

Si elle promet ce soir un spectacle rempli « de chant, d’abandon, d’éternité, de malaises et de moments niaiseux », il se peut aussi qu’elle taquine quelques amis humoristes qui s’empressent de gommer leurs aspérités et leurs opinions dès que le petit écran les appelle.

« Je parle de gens talentueux qui prennent des chemins étranges », regrette celle qui compte depuis 2015 parmi la distribution de Code F. sur VRAK.tv. « Ça me fait mal quand ce sont de beaux artistes que j’ai côtoyés et qui, soudainement, n’ont plus rien à dire, une fois qu’ils sont à la télé. » Elle s’interrompt avant de lancer, avec une ironie qui aurait sans doute plu à ce réalisateur qui voulait qu’elle « fasse du Catherine Ethier »: « J’aurais vraiment l’impression de servir à rien si je me contentais de tout le temps parler de ma grande beauté. »

La liberté de ne pas poser avec un pot de yogourt

À quoi rêve Catherine Ethier ? Contrairement à la majorité des chroniqueurs couvant plus ou moins secrètement le projet de devenir un jour calife à la place du calife, la seule « humeuriste » ayant survécu à cette expérience radiophonique en dents de scie se réjouit de son rôle de membre des unités spéciales. La fin annoncée de Gravel le matin et de son « doux rendez-vous » avec son animateur l’attriste d’ailleurs beaucoup, tout comme celle de Code F.

Chose certaine : malgré la précarité de la vie de pigiste, et malgré un auditoire fidèle sur les réseaux sociaux — auditoire qu’elle pourrait monnayer — Catherine Ethier s’entêtera, jure-t-elle, à ne pas jouer les influenceuses. En amont de la plus récente Journée internationale des femmes, une marque de chaussures lui proposait une collaboration pour le moins saugrenue.

« Ça me fait encore rire de penser que, pour vendre des objets, une entreprise puisse vouloir s’approprier tout le vent que tu as fendu toute seule. En lisant le brief de la campagne à laquelle ils voulaient que je participe, j’entendais l’orchestre symphonique : on allait changer le monde une chaussure à la fois ! Il y a beaucoup d’engagement qu’on ne voit pas [chez des figures publiques] et qui s’illustre dans le refus de plein de contrats. Les gens ne me feraient plus confiance si je me mettais à prendre des photos de moi qui regarde l’horizon avec un pot de yogourt. »

S’asseoir sur un sabre, doucement de Catherine Ethier

Le 6 mai à 19 h 30 au Théâtre Rialto dans le cadre du Dr Mobilo Aquafest.