«Entre autres»: le clivage d’une époque

Les comédiens d’«Entre autres» incarnent leur propre rôle, s’adressant au public à la façon de conférenciers.
Photo: Dimitri Lavoie Les comédiens d’«Entre autres» incarnent leur propre rôle, s’adressant au public à la façon de conférenciers.

Entre autres propose une enquête sur la question éminemment actuelle de la polarisation des débats. Le collectif Nous sommes ici (Le NoShow, Hôtel-Dieu), connu pour son expertise en théâtre documentaire, se joint au collectif Wolfe, composé de finissants de la promotion 2017 du Conservatoire d’art dramatique de Québec.

Le spectacle dresse un état des lieux de notre société, à travers ce prisme très particulier des discours polarisants, dont le moins qu’on puisse constater est qu’ils se sont, dans les dernières années, accentués. Les angles retenus sont au nombre de quatre : les mouvements anti-immigration, la vague de déni quant aux changements climatiques, les relents antiféministes et le fond catholique québécois.

Au centre de quatre pans de gradins, les comédiens incarnent leur propre rôle, s’adressant au public à la façon de conférenciers, dessinant tranquillement pour leur auditoire les contours de l’enquête en incarnant tour à tour les intervenants rencontrés : des personnalités comme l’essayiste Serge Mongeau ou la chroniqueuse Josée Blanchette, un leader de Storm Alliance, des proches ou des politiciens… Des personnifications sensibles et habiles, qui surtout évitent la caricature — funeste pour pareil projet.

Par-delà quelques flottements dans le ton initial, l’aise trouve son chemin, et c’est en fin de compte la chimie des sept comédiens, familiarisés à la ville comme à la scène, qui prend le dessus.

Sous un grand mobile de cintres blancs accueillant des manteaux de l’assistance, chaque comédien se verra proposer, pour un nouveau personnage à incarner un des vêtements, le mécanisme suggérant sans insistance une proximité entre les intervenants et l’auditoire. Un recours mesuré aux projections permettra par ailleurs de dynamiser les interventions, ouvrant l’imaginaire de façon ludique et entraînante.

Entre deux chaises

Creusant les épineuses réalités masculinistes ou climatosceptiques, la mouvance identitaire d’extrême droite ou les restes de la chrétienté, les différentes rencontres qui se succèdent à bon rythme — un spectacle de près de trois heures — ébauchent tout de même un portrait fort large qui, s’il se focalise ici et là davantage sur Québec et ses couleurs particulières, vise plus largement la société québécoise.

La représentation avançant, on finira alors par demander d’où tirer l’unité de ces coups de pinceau. Le portrait, fort riche, pourrait suffire. Or, à la position initiale qui affichait un désir de compréhension s’entremêlera une posture plus militante qui, pas en soi une tare, révèle une difficulté du spectacle à révéler un fil tout à fait net.

Des sujets chauds sont pris de front, et ils le sont avec sensibilité, dans une mise en scène convaincante. Restera néanmoins ce sentiment, au tomber de rideau, d’une recherche hésitant entre plusieurs directions. C’est ce détail seul qui empêchera la pièce, porteuse dans les zones qu’elle éclaire, de culminer sur une note tout à fait convaincante.

Entre autres

Texte et idées collectifs. Mise en scène : Alexandre Fecteau. Une coproduction des collectifs Nous sommes ici et Wolfe, au Périscope jusqu’au 11 mai.