«Introduction à la violence»: habiter ses rêves

Marie Brassard a une fois de plus donné naissance à un objet de beauté.
Photo: Marlene Gelineau Payette Marie Brassard a une fois de plus donné naissance à un objet de beauté.

Reprenant pour notre plus grand plaisir le fil de sa démarche solo, Marie Brassard dévoile en ce moment à l’Usine C le premier segment d’un nouveau cycle : Introduction à la violence. Avec cet objet singulier, d’un onirisme débordant, à même de susciter l’enchantement aussi bien que l’angoisse, le réconfort aussi certainement que le vertige, la directrice de la compagnie Infrarouge nous accorde un privilège, celui d’entrer dans une oeuvre en cours d’élaboration ; un territoire où tout est en mouvement, les idées comme les émotions, les mots aussi bien que les images.

Avec ses collaborateurs (Alexander MacSween au son, Antonin Sorel à la scénographie, Mikko Hynninen aux éclairages et Sabrina Ratté à la vidéo), Marie Brassard a une fois de plus donné naissance à un objet de beauté. Il s’agit d’un lieu en suspension, à la fois passerelle et quai, piste de décollage et point d’ancrage, jardin d’éden et descente aux enfers. Sur trois grands écrans juxtaposés, on voit apparaître un panorama qui invite au plongeon, une immensité de ciel et d’eau, de sang et de lumière, de nature et de culture. Le corps de la comédienne se dépose superbement sur les images, il s’y incruste ou s’en détache, s’y engouffre ou s’en extirpe.

En 75 minutes, on procède à une vaste traversée, un parcours initiatique qui a des résonances individuelles et collectives, intimes et politiques, affectives et environnementales. Il y a des endroits où on reconnaît la créatrice, son timbre, son chant et ses réflexions, et d’autres où son corps et sa voix semblent possédés par un visiteur. Il y a des personnages sympathiques, comme le chanteur de charme qui se fait appeler Renard, mais aussi des plus inquiétants, comme cet homme qui propose en ricanant des bonbons aux enfants. Alors que certains moments sont complètement symboliques, pour ne pas dire mystiques, d’autres sont plus concrets, plus lisibles.

Soyons honnêtes : rares sont les artistes avec qui on oserait s’engager dans une pareille traversée. Marie Brassard a le don de nous entraîner sur des sentiers non balisés, si sombres et brumeux que tout y semble possible. Fil rouge, la violence apparaît dans les moindres recoins. Qu’elle aborde l’éducation des enfants ou l’état de la planète, la créatrice met en scène une série d’assassinats : le meurtre de la beauté, la fin de l’innocence, la négation de l’instinct et le sacrifice de la pureté. Ainsi, le spectacle autorise les interprétations les plus diverses pour qui choisirait de se creuser les méninges, tout en offrant des tableaux sublimes pour qui préférerait s’abandonner au plaisir des sens.

Introduction à la violence

Texte, mise en scène et interprétation : Marie Brassard. Une production d’Infrarouge. À l’Usine C jusqu’au 4 mai.