«Je me soulève»: on se fait une fête

Une quinzaine d’enfants participent par ailleurs au spectacle. Un choix qui pourrait tenir de la facilité; or, les créatrices ont fait preuve ici d’une sensibilité énorme.
Photo: Stéphane Bourgeois Une quinzaine d’enfants participent par ailleurs au spectacle. Un choix qui pourrait tenir de la facilité; or, les créatrices ont fait preuve ici d’une sensibilité énorme.

Les sœurs Gabrielle et Véronique Côté, après le grisant Attentat, récidivent avec une nouvelle soirée poétique. Leur geste, ici, garde la même qualité rare.

Seize comédiens occupent cette fois la scène, deux musiciens perchés en mezzanine assurant l’accompagnement sonore. Des poèmes de René Lapierre, Elkahna Talbi, Jean-Christophe Réhel, Marjolaine Beauchamp : une trentaine de plumes, actuelles pour la plupart, composent ce Je me soulève. Aux préoccupations éminemment actuelles — le consumérisme et l’environnement, les médias — succèdent les préoccupations plus intemporelles, plusieurs lignes font apparaître le territoire.

Chacun, naturellement, adhérera en fonction de ses goûts, comme il en va en poésie. Certains passages apparaîtront livrés avec plus d’aplomb, d’autres moins ; là encore, chacun ira selon sa sensibilité. L’ambiance sonore, toutefois, pourra gêner : un habillage sonore mesuré, certes, mais néanmoins omniprésent au départ, viendra parfois surimposer un sens et affaiblir d’autant la parole, comme si on n’avait pas fait confiance entièrement aux seuls mots.

La construction, aussi, table sur de nombreux passages brefs. Si pareil choix concourt au rythme, ce morcellement des écritures rendra l’investissement plus difficile. Les passages plus longs, en revanche, résonneront pour nous avec beaucoup plus d’aplomb ; on descend d’autant mieux dans les paroles retenues que plus de temps nous est laissé pour ce faire.

En somme, toutefois, ce qui s’impose tient surtout de la réussite, identique à celle d’Attentat sur un point au moins : cette audace, à une époque de mots souvent dévoyés, de n’en passer que par là.

Un geste fort

Au final, ce spectacle pousse cependant plus loin que son prédécesseur à maints égards. Les façons de livrer le texte sont plus diversifiées, divers tableaux imposent une cadence soutenue, tout en occupant avec inventivité la large scène du Trident.

Une quinzaine d’enfants participent par ailleurs au spectacle. Un choix qui pourrait tenir de la facilité ; or, les créatrices ont fait preuve ici d’une sensibilité énorme. Il y a quelque chose d’extrêmement touchant dans la présence souvent maladroite et hésitante de cette prochaine génération, offerte aux regards du public et prolongeant de vibrante façon plusieurs des textes retenus, transmuant le spectacle d’une manière particulièrement poignante.

Celui-ci pousse également plus loin de par son imposante distribution. Aucune surenchère, là non plus : les dix-huit comédiens — et les enfants à leur suite — finissent par faire corps, effet de groupe qui s’inscrit aussi parfaitement dans la direction donnée à cette soirée en forme de fête. De rassemblement.

Car à travers les mots retenus et livrés, on sent le désir de faire naître, sur la scène d’un théâtre, un espace d’une qualité fort particulière ; il y a beaucoup de matière à réjouissance dans ce Je me soulève, au premier chef cette façon étrange d’être ensemble.

Je me soulève

Texte : Une trentaine de poètes québécois. Mise en scène : Gabrielle Côté et Véronique Côté. Avec dix-huit comédiens et seize enfants. Une coproduction du Théâtre [mo], au Trident jusqu’au 18 mai.