«Chansons pour filles et garçons perdus»: fêter pour des rêves meilleurs

Le spectacle compte plus de chansons que les créations précédentes de Loui Mauffette, ce qui permet de mettre en avant les talents multiples de la troupe.
Photo: Valérie Remise Le spectacle compte plus de chansons que les créations précédentes de Loui Mauffette, ce qui permet de mettre en avant les talents multiples de la troupe.

Après Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, Dans les charbons et Est-ce qu’on pourrait pleurer un tout petit peu ?, Loui Mauffette propose une nouvelle création pour clore le 50e anniversaire du Théâtre d’Aujourd’hui, cette fois-ci avec une contrainte particulière : ne présenter que des oeuvres québécoises.

Pour s’inscrire dans cette célébration, Chansons pour filles et garçons perdus prend des allures de grande fête : un bac à sable géant sert d’aire principale de jeu (dans tous les sens du terme), bordé par trois côtés de gradins et un espace pour les musiciens. L’entrée en salle de la troupe, avec instruments et costumes de fanfare, évoque l’esprit du Grand Cirque Ordinaire, tout comme l’entracte ludique où les comédiens vont à la rencontre du public.

Qui dit fête dit surenchère, éclatement, abondance : la quantité de numéros (une quarantaine) a de quoi étourdir dans ce spectacle-fleuve (un peu plus de trois heures) à l’intensité inégale. Le spectacle compte plus de chansons que dans les créations précédentes de Mauffette, ce qui permet de mettre en avant les talents multiples de la troupe (Marie-Jo Thério en tête, mais également Jean-Simon Leduc ou Kathleen Fortin), sans compter celui de Guido Del Fabbro, qui crée les arrangements et compose une musique originale sensible.

Paradoxalement, le rythme du spectacle s’en trouve disjoint, alors que les highs des chansons sont souvent rompus par les lows des oeuvres qui suivent. L’enchaînement de Kraft Dinner, de Lisa LeBlanc, et de Je suis en train de mourir, de Leonard Cohen, paraît particulièrement étrange, tout comme l’idée de faire lire le manifeste du FLQ par Pierre Lebeau au retour de l’entracte, alors que le public regagne ses places, que Jean Leloup résonne encore dans un ghetto blaster et qu’on distribue du popcorn.

Plus heureux sont les couplages inattendus qui permettent aux oeuvres de s’éclairer mutuellement, passant facilement du ludique au contestataire : Le bol de toilette, de Jacqueline Barrette, suivi des Neiges, de Michel Garneau, Dehors novembre, de Dédé Fortin, et Mon tendre, de Geneviève Desrosiers, ou Je suis de moins en moins, de Jean-Christophe Réhel, en écho avec L’alouette en colère, de Félix Leclerc. Ailleurs, les numéros individuels de Mylène Mackay (La jeune fille et la lune, de Claude Gauvreau), Roger La Rue (La quête, de Jean-Paul Daoust) et Macha Limonchik (La jeunesse du monde, d’Évelyne de la Chenelière) sont d’indéniables moments forts.

Ils sont cependant moins nombreux qu’on l’attendrait : peut-être est-ce dû à la formule de Mauffette, qui surprend moins (malgré un travail scénique plus foisonnant qu’à l’habitude qui comporte des moments sublimes), les auteurs convoqués ayant pour la plupart déjà été cités dans ses créations précédentes, ce qui donne parfois l’impression de reparcourir des chemins connus.

Chansons pour filles et garçons perdus nous convie à un espace hors du temps et du monde, c’est une ode à la poésie (le J’en appelle à la poésie, de David Goudreault, résonne dans les premières minutes du spectacle), mais également à l’univers des rêves, ceux qui sont passés et perdus comme ceux qui restent à venir. Et comme dans les rêves, on passe du plus terre à terre à la plus éclatante beauté.

Chansons pour filles et garçons perdus

Idée originale : Loui Mauffette. Mise en scène : Benoit Landry et Loui Mauffette. Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 4 mai et à la Cinquième salle de la Place des Arts du 9 au 19 mai 2019.